Fifokaswiti

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dimanche, décembre 13 2009

Bon, et à part ça ?

Pendant le mois qui vient de s'écouler, il y a pas mal de fois où je me suis dit « tiens, je posterais bien ça sur le blog… Ah zut, peux pas. » Maintenant, bien sûr, j'ai oublié de quoi il s'agissait.

Bref. En vrac :

  • Peter Watts, dont j'ai eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pense de ses livres, a été récemment victime de, globalement, la violence policière lors d'un contrôle douanier à la frontière américano-canadienne. Il encourt aujourd'hui jusqu'à deux ans de prison pour, en gros, outrage et rébellion. C'est moche.
  • Je me suis mis au clavier bépo. Si vous ne savez pas ce que c'est, bah, c'est une geekerie de plus sans grande importance. En réalité, c'est surtout un challenge : après une vingtaine d'années de pratique intensive de l'azerty, suis-je encore capable d'apprendre un clavier complètement différent ? En tout cas, je suis arrivé à bout des exercices « standard » de xultypist.
  • J'ai lu un paquet de trucs, bien sûr. À commencer par Madame Bovary, qui manquait à ma culture et que j'ai trouvé fort drôle ; et puis Les confessions d'un automate mangeur d'opium (de Colin et Gaborit), que je n'ai pas trouvé génial du tout… Et d'autres qui ne m'ont pas marqué. Enfin ; là je partage mon temps entre Blanche-Neige et les lance-missiles de C. Dufour (qui manquait aussi à ma culture pour un tas de raisons diverses) et un Solaris dont je dois faire une critique pour il y a six mois.
  • à part ça… Bof ; des choses. Je vais essayer de faire en sorte que ce blog ne devienne pas un énième journal de (futur) papa, parce que ça court un peu les rues. Je vais plutôt conserver le thème original qui en a fait un lieu virtuel aussi unique : écrevisses et science-fiction.

Sorry sorry sorry

Le disque dur a fini par péter complètement.

Heureusement j'avais des sauvegardes, mais il m'a quand même fallu un mois pour me motiver à tout remonter.

Voili voilà, tout remarche. Jusqu'à la prochaine panne.

mercredi, novembre 11 2009

Tales of Monkey Island

Tiens au fait.

Si vous êtes un vieux schnock pour qui un jeu vidéo est un truc tout pixellisé dans lequel Guybrush Threepwood parcourt l'île de Mêlée pour apprendre de nouvelles insultes (you fight like a cow!), vous serez sans doute intéressés par Tales of Monkey Island de Telltale Games, qui a repris non seulement une grosse partie de l'équipe de la grande époque LucasArts (Mike Stemmle, Dave Grossman, Michael Land...) mais également la licence, et en a fait une série en cinq épisodes[1].

Le principe est le même que pour une série télé (une histoire, n épisodes relativement courts avec chacun un début, un milieu et une fin), avec un épisode par mois... Et c'est du bon ! Je viens de finir l'épisode 4, et on sent bien que le prochain est le dernier de la saison. Pour l'instant l'ambiance et l'humour con est bien conservé, globalement le système de jeu est pas mal (même si je n'aime pas utiliser le clavier pour déplacer Guybrush) et, ben, c'est juste génial.

A 35$US, ça fait quelque chose comme 23 € pour toute la saison, donc un tarif très doux : si comme moi vous avez un souvenir ému de la première fois où vous avez inséré un coton-tige géant dans l'oreille d'une statue de singe, ou si vous déclamez "Le bonheur est un lamantin chaud" à tout bout de champ, il serait idiot de ne pas profiter de l'occasion. Ne serait-ce que parce que le pirate LeChuck, que l'on a connu fantôme, zombie et démon, est ici... Humain !

(Ah et ça tourne parfaitement sur mon PC ultra bas de gamme d'il y a deux ans. Rien à craindre de ce côté-là...)

Notes

[1] Dont quatre sont sortis à ce jour.

Sorry for the inconvenience

Les sites lepcf.org, daelf.fr et fifokaswiti.info ont été inaccessibles entre environ 22h hier soir et 12h aujourd'hui. Essentiellement, une erreur sur le disque dur (relativement vite corrigée une fois que le problème est apparu.)

Un jour quand je serai célèbre et surtout riche, je prendrai une dedibox ou autre système dédié du même type. En attendant, la fiabilité des sites et surtout de Lazare, le serveur, est au mieux aléatoire. Au moins, ce coup-ci, il a eu le bon goût de planter un jour férié, où j'ai pu le réparer facilement ;-)

dimanche, novembre 1 2009

Anathem, Neal Stephenson

Anathem

Voilà un livre qu'il est compliqué de résumer... D'autant que la découverte des tenants et des aboutissants de l'histoire fait partie intégrante du plaisir (immense) de la lecture. Je ferai, peut-être, une deuxième fiche de lecture, pleine de spoilers cette fois-là ; en attendant, je vais parler du monde fascinant dans lequel tout ça se déroule.

Anathem se déroule sur la planète Arbre[1], remarquablement similaire à la Terre en dehors de la simple géographie, et bien sûr de son histoire. Quelque sept mille ans avant que le roman ne démarre, la science et la religion divorcent quand les deux filles de Cnoüs[2] divergent dans leur interprétation de la vision de leur père, qui leur a affirmé avoir vu dans le ciel un triangle isocèle venu d'un monde parfait : Deät en déduit qu'il a vu le Paradis et Dieu ; Hyleae préfère inférer l'existence qu'un univers d'idées pures dont nos perceptions ne sont qu'un piètre reflet[3]. La messe est dite, les adeptes de Deät (les Déolâtres) et ceux d'Hyleae (les Physiologues), globalement, suivront chacun leur chemin.

Cette séparation de la croyance et de la raison, ou plutôt de l'acceptation inconditionnelle et du rationalisme, disons, cartésien[4], est le thème central, voire le point d'entrée d'Anathem. Pour le reste, la chronologie est à peu près compatible avec la nôtre : un âge d'or de la philosophie gréco-romaine, une période barbare pendant laquelle les savants sont cloîtrés[5], une Renaissance[6] et une période technologique.

Et là on entre dans l'anticipation : six cent ans après la Renaissance, l'Ère Technologique se termine par des Terribles Événements dont on ignore la nature, mais qui sont suffisants pour refonder la société selon le principe de la séparation stricte de la société séculière (le Sæculum) et des scientifiques, désormais enfermés dans des maths.

Un math est une petite communauté de penseurs, qui jurent de n'avoir aucun contact avec le Sæculum jusqu'à la prochaine ouverture des portes, l'Apert. Selon le math, ça peut être une fois par an, une fois tous les dix ans, une fois tous les cent ans, ou une fois tous les mille ans. Les maths, typiquement de périodes différentes, sont regroupés en concents. Un concent typique a ainsi un math annuel, un décennaire, voire un centenaire ; les gros concents rajoutent un millénaire. Pour des raisons évidentes qui concernent surtout les maths centenaires et millénaires, il existe des mécanismes pour apporter des nouvelles recrues sans attendre d'Apert.

Pendant les trois mille ans qui suivent, trois Sacs ont lieu pendant lesquels le monde mathique a été dévasté et à la suite desquels leurs règles ont été renforcées : interdiction d'utiliser des "machines syntaxiques" (des ordinateurs) et création d'une caste d'intouchables chargés de garder en fonctionnement les divers systèmes informatiques des concents[7] et du Sæculum[8] ; interdiction des manipulations génétiques ; style de vie plus austère et création d'une Inquisition chargée de contrôler l'application de la Discipline.

Bref. Fast-forward : notre histoire débute quelques jours avant l'Apert (annuel et décennaire) de l'an 3690 après la Refondation. Notre narrateur est fraa Erasmas, un jeune décennaire d'un peu moins de vingt ans, entré au math dix ans avant, qui étudie sous fraa Orolo, l'un des cosmographes (astronomes) les plus réputés du concent de Saunt[9] Edhar. La vie mathique ronronne tranquillement à son rythme (lent) habituel, mais petit à petit des événements extraordinaires ont lieu, à commencer par la fermeture de l'observatoire de Saunt Edhar par l'Inquisition.

Et là, je n'en dis pas plus. Comme je disais en introduction, moins on en sait et plus on prend de plaisir à découvrir de quoi il est question dans tout ça.

Anathem est un pavé. Pas loin de mille pages, un million huit cent mille signes pour ceux qui comptent ainsi : ce n'est pas un roman que l'on lit à la légère, y compris au sens littéral (il faut accepter de se trimballer un bloc de bois de taille et de poids considérable). Au niveau intellectuel, c'est riche et foisonnant, vous l'aurez compris ; il faut s'intéresser un peu à l'histoire des sciences et à la philosophie pour apprécier certains éléments[10], mais je doute que ça soit indispensable du moment qu'on ne soit pas totalement hermétique à ce type de choses. Il y a bien d'autres choses : de la réflexion, de l'humanité, de l'action, de la bravoure, des discours sur la nature de l'espace-temps, des arts martiaux, de l'agriculture fort peu intensive, beaucoup de geekerie, de la mécanique orbitale, du romantisme...

Tout cela est bien difficile à résumer. Il est sûr que d'aucuns reprocheront à Stephenson de s'éparpiller et d'avoir fait un roman trop long (le directeur de la plus réputée des collections de SF en France a d'ailleurs traité le roman d'illisible, mais je suspecte que c'est parce qu'il était frustré qu'un concurrent disons, moins réputé[11], ait fait main basse sur les droits de traduction.) Il est vrai qu'au début, il ne se passe pas grand-chose ; c'est qu'il faut de l'exposition, et le point de vue unique d'un avout décennaire, pour qui passer trois ou quatre mois sur un calcul de mécanique orbitale est tout à fait naturel, n'aide pas à dynamiser les premières pages du récit.

Pour autant, j'ai été fasciné de bout en bout, ne serait-ce que par l'impressionnant décalage entre les maths et le Sæculum. La coexistence pacifique entre des savants en toges qui parlent grec ancien (pardon : orth) et des businessmen industrieux accrochés à leurs téléphones portables est un concept pour le moins intriguant. Quant au rythme du récit, rassurez-vous, il s'accélère assez vite (quelques centaines de pages quand même), au point qu'une fois le point milieu passé, il est difficile de s'arracher au roman.

Bref : allez-y. C'est une lecture ardue, mais qui vaut largement le coup.

Notes

[1] Prononcez comme le machin vertical avec un tronc et des feuilles. Dans la préface, Stephenson conseille de demander la prononciation à un Français.

[2] Prononcez Kno-ous. On remarque ici que la passion de Stephenson pour les diérèses (comme dans coördinates ou reëstablish) est restée intacte depuis le Cycle Baroque.

[3] Les philosophes reconnaîtront là la Théorie des Formes de Platon.

[4] Si Descartes l'inventeur de la géométrie analytique trouve son équivalent arbran en Saunt Lesper, celui du Discours de la méthode correspond plus à Diax, qui a chassé les numérologues du Temple. Entre ça et son influence sur la pensée mathique (on y reviendra), Diax est ce qui se rapproche le plus chez les penseurs de la figure de Jésus-Christ. Bref, Descartes est Jésus !

[5] La grosse différence étant que chez nous, les savants et les religieux étaient les mêmes personnes ; sur Arbre, il y avait deux systèmes monastiques parallèles, un pour les prieurs et un – les maths – pour les penseurs. Pour faire écho à la note précédente, le système mathique a été fondé par une certaine Cartas, ce qui fait qu'on l'appelle le système... cartasien.

[6] Littéralement.

[7] Notamment, mais pas uniquement, les sous-systèmes des Horloges, qui fonctionnent sans discontinuer et marquent l'ouverture des portes lors des Aperts.

[8] Typiquement, le Reticulum, équivalent d'Internet.

[9] Déformation de Savant ; titre honorifique donné à titre posthume aux scientifiques les plus marquants de leur époque.

[10] Je me suis pas mal amusé à faire les correspondances entre les théors arbrans et leurs équivalents terriens ; d'ailleurs j'ai regretté que si on a un Pythagore, il manque Thalès.

[11] Bragelonne pour ne pas le nommer ; la version française est "à paraître", je suppose en 2010.

dimanche, octobre 18 2009

Blanche-Neige contre Merlin l'Enchanteur, Catherine Dufour

Il n'aura pas échappé à mes lecteurs, tous autant qu'ils sont (trois ou quatre), que je voue une admiration presque sans bornes à Catherine Dufour. Admiration qui est née d'un fait bien simple : la dame a un sacré sens de l'humour, et un sens de la formule fort percutant. Tout bêtement, lire du Dufour est une expérience très agréable pour peu qu'on ait l'esprit un chouïa mal placé.

Bref. Ceci étant dit, enfin, qu'est-ce donc que ce Blanche-Neige-là ?

C'est en fait la deuxième partie de la réédition au Livre de Poche de la série Quand les dieux buvaient, autrefois parue chez Nestiveqnen en quatre tomes numérotés 1, 2, 3 et 0 ; au LdP, on a droit juste à une "Première partie" (tomes 1 et 2) et une "Deuxième partie" (tomes 3 et 0). Ce sont donc en fait deux romans qu'on a ici : Merlin l'ange chanteur, et L'immortalité moins six minutes.

Merlin l'ange chanteur

Difficile à résumer. Disons que c'est la biographie d'une paire d'anges, un archange nommé Merlin et un angelot nommé l'Angelot, entre un peu avant le cataclysme où la Terre est devenue ronde[1] et l'an, quoi, 2500 ? À peu près. L'Archange est un salaud, un vrai : égocentrique et égoïste, entièrement dédié à son propre plaisir. Ce qui est un peu gênant à partir du moment où il se rend compte que ce qui se rapproche le plus de l'orgasme, pour lui, c'est les décharges de Foi brisée, si possible rehaussée du sang de la victime. Sans ça, il dépérit. Toute sa vie (et un ange, ça vit longtemps) il va donc faire en sorte de favoriser les atrocités religieuses.

Ne cherchez pas plus loin : le Merlin d'Arthur, qui a imposé le monothéisme en Bretagne, c'est lui. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, c'est lui. Les guerres de religion ? Ne cherchez pas plus loin.

L'Angelot est son acolyte passif et vaguement dégoûté ; suiveur parce qu'il faut bien vivre, dégoûté par lui-même et par l'Archange.

Les deux premiers tiers du bouquin sont donc un roman historique. Une relecture assez orientée de l'histoire, de France surtout mais pas uniquement. A priori c'est plutôt fidèle aux faits ; je ne suis pas assez au fait de ces périodes-là pour détecter d'incohérences (dans la postface, Dufour en mentionne quelques-unes à titre de mea culpa). Au fond, c'est génial, surtout quand on aime l'humour noir.

Le dernier tiers sert à raccrocher aux tomes précédents (Blanche-Neige et les Lance-missiles et L'ivresse des providers). On y retrouve donc l'Ankou, Blanche-Neige, Evariste Galois et Onésiphore, ainsi que de nouveaux personnages qui, en l'an 2500, alors que la Terre inhabitable est inhabitée[2], descendent de leurs stations orbitales pour étudier un étrange phénomène de vampirisme dans les Carpathes.

Bon, ben... C'est joliment écrit, et puis faut bien de la continuité, mais... on se demande un peu quel est le but de tout cela ; et au terme de la lecture, on se dit que la partie futuriste n'était peut-être pas franchement nécessaire. Il est vrai que le roman, tel qu'il est construit, était difficile à achever.

L'immortalité moins six minutes

Ce titre est génial.

À part ça, c'est le tome zéro de la série ; une préquelle donc, quand la Terre était crêpiforme et toute infusée de magie. Suite à une querelle amoureuse entre une fée et un elfe noir, une paire de fées (copines de la première ; ce sont Pétrol'Kiwi et Pimprenouche, vues dans les trois tomes précé-... euh... suiv-... postprécédents ?) se retrouvent embrigadées bien malgré elles dans une quête épique, sise au pays de Bas-Bord, un monde réac paumé entre l'Ether et le Sub-Ether, un peu de côté. Connu pour ses volcans et ses champs de ruines, et ses traditions franchement lourdingues de chants et de poésies dans des langues rappelant le finnois et le gallois. En chemin, elles croisent un quarteron de nains aux pieds poilus qu'accompagnent une paire d'humains, un elfe des bois et un nain à la barbe tressée, de toute évidence lancée dans leur propre quête. Elles raisonnent alors, fort logiquement, qu'elles peuvent les laisser faire le sale boulot et se contenter de les suivre ; vivre leur quête par procuration, en fait.

On l'aura compris, il s'agit d'une parodie du Seigneur des Anneaux ; surtout le film, en fait. Catherine Dufour explique dans la postface qu'elle a eu envie d'écrire ce bouquin quand elle s'est rendue compte que dès que les hobbits du film faisaient la cuisine, quelque chose d'horrible leur arrivait et ils étaient obligés de partir en courant ; elle a donc imaginé que des fées les suivaient et bouffaient les saucisses.

C'est bizarre. Quand j'ai lu ce bouquin pour la première fois, j'en suis sorti avec une impression assez mitigée. J'avais beaucoup ri, bien sûr : ça, c'est un acquis avec cet auteur. Pour autant, la construction du roman m'avait paru déséquilibrée, entre un gros quart introductif, une partie du milieu sur la Terre d'icelle, et un dernier quart de conclusion déprimée. Cette critique est toujours valide ; quelque part, on a une partie parodique trop longue pour un roman qui parle d'autre chose, et trop courte pour un roman franchement parodique. Ceci étant, ça ne m'a pas gêné à la relecture, au contraire : connaissant l'histoire générale, ses avantages et ses défauts, ça m'a permis d'apprécier nettement plus la forme, les gags bêtes (et dieu sait qu'ils le sont), et l'atmosphère de tension fataliste qui ronge les sangs des protagonistes. Passée la déception initiale, on est bien obligé d'admettre qu'on est là devant un très bon roman, nettement moins guilleret que les trois autres de la série et pourtant sensiblement plus drôle.

Notes

[1] Quand Dieu s'est mis à boire.

[2] Ben tiens.

dimanche, septembre 27 2009

The Yiddish Policemen's Union, Michael Chabon

En français, ça s'appelle Le club des policiers yiddish.

C'est un bouquin dont tout le monde a beaucoup parlé ; il a notamment eu le Hugo de l'année dernière. Donc, sans trop savoir de quoi il s'agissait, hop, je l'ai acheté.

Bon.

Ben, c'est un polar. Avec un flic dysfonctionnel accroc au tabac et à l'alcool, divorcé, obsédé par son travail, autrefois très doué mais aujourd'hui tellement engagé sur la mauvaise pente qu'il ne se souvient plus du plateau. Le tout se déroule essentiellement de nuit, il fait froid, et tout le monde est pourri.

Ben, comment dire, ce genre de bouquin, c'est pas mon truc. Ça m'ennuie plus qu'autre chose, et oui, je suis conscient que c'est faire preuve de manque d'ouverture d'esprit, tout ça tout ça.

Sinon, le concept est sympa : ça se passe dans un univers uchronique où l'établissement de l'état d'Israël n'a pas pris. Du coup, les Juifs qui quittaient massivement l'Europe (et l'Afrique du Nord, etc.) se sont retrouvés le bec dans l'eau jusqu'à ce que le gouvernement américain leur « prête » un bout de territoire en Alaska, autour du village de Sitka. En attendant mieux, et avec une date limite. Cette date approche, justement, tout le monde à Sitka (devenue une grande métropole) se préoccupe d'émigrer ou d'obtenir un permis de séjour en Alaska, les bureaucrates se soucient du transfert des affaires en cours... Et un jeune héroïnomane se fait exécuter dans un hôtel miteux. Pour Meyer Landsman, détective, c'est l'affaire de trop, surtout que cet hôtel miteux est l'endroit où il habite depuis son divorce.

C'est bien écrit. Chabon a un style assez riche, et emprunte ici beaucoup de locutions yiddish. L'atmosphère de fin du monde, entre le froid de l'Alaska et l'imminence de la Réversion, est très bien rendue, tout comme les interactions entre les différentes factions juives (surtout les modernes et les intégristes).

Tout ça n'a pas suffi à m'intéresser à l'histoire, mais que cela ne vous détourne pas du roman ; pour peu que vous aimiez les histoires de policiers durs à cuire et pourtant fragiles, vous allez adorer.

samedi, septembre 19 2009

District 9

(Je mets ça dans la catégorie "critiques et bouquins" parce que c'est, vaguement, une critique. Mais pas un bouquin.)

Bon. On a vu ce matin le film de SF dont tout le monde parle en ce moment (et dont la bande-annonce / teaser a eu un bel effet de surprise sur moi).

Ben, c'est bien. C'est même très bien.

Alors, on peut critiquer : le scénario est parfois téléphoné, certaines péripéties font plus cliché tu meurs, certaines idées sont des poncifs de la SF cheap[1] ; et la fin tourne à la baston bourrine, à l'opposé du traitement initial (en gros, les humains qui maltraitent les E.T., c'est mal ; les humains et les E.T. qui se foutent sur la tronche, c'est mieux.)

Mais on s'en fout, pour quatre raisons :

  1. l'idée de base est chouette ;
  2. c'est bien réalisé ;
  3. le personnage principal est génial ;
  4. l'intertextualité.

Dans l'ordre :

L'idée de base

Les extraterrestres parqués par des humains, le côté retournement de situation, on a déjà vu mais pas très souvent. Placer ça à Johannesburg dans les années 1980 (pour l'arrivée des E.T.), j'avais pas vu avant. Du coup, on a une société (en 2000 et des brouettes) sud-africaine qui a aboli l'apartheid entre noirs et blancs, mais qui le conserve entre humains et extra-terrestres. De fait, les humains sont des gros salauds qui rigolent en entendant le "pop" des oeufs d'E.T. qui explosent quand on les passe au lance-flammes.

C'est bien réalisé

Bah oui. Visuellement c'est plein de détails sympa, l'alternance entre les scènes "caméra à l'épaule" de documentaire et celles "standard" de film de fiction est bien gérée et dynamise franchement le tout. Rien à dire.

Le personnage principal

... est un connard doublé d'un imbécile, un pleutre qui se réfugie dans la bureaucratie. Et il le reste. Même quand l'armée se retourne contre lui, quand il est chassé jusque dans le District 9. C'est lui qui rigole en entendant le "pop" des avortements aliens. Plus tard il se prend d'amitié pour un E.T., mais uniquement parce qu'il n'a pas le choix (c'est la seule créature vivante sur terre qui veut bien de lui.) Bref, l'antihéros par excellence, qui est du reste bien joué.

L'intertextualité

Enfin, c'est comme ça qu'on appelle le procédé en littérature. Au cinéma ça doit avoir un autre nom. C'est le principe de faire des références (textuelles, stylistiques, etc.) à un corpus d'autres textes (oeuvres, pamphlets, articles de journaux, etc.) qui constituent la culture générale du lecteur. C'est la raison pour laquelle les oeuvres anciennes sont plus difficiles à lire que les modernes, au passage.

Un peu comme dans Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron (excellentissime), là, il y en a plein. Les scènes, les personnages, la colorimétrie sont faits pour évoquer des souvenirs à moitié inconscients chez le spectateur : les townships, l'apartheid, Obasanjo[2], l'aspect "documentaire" (y compris dans l'étalonnage des couleurs), les sons et les couleurs de l'Afrique du Sud... Bref, c'est un film qui est ancré dans ce que l'imaginaire collectif comprend du réel, et ça prend aux tripes.

Bref

C'est du bon. Pas parfait, mais très bon.

(Sinon, c'est moi, ou il y a de fortes similitudes entre le design des armes et, généralement, les scènes de combats, et certains jeux vidéos, notamment Half-Life[3] ?)

Notes

[1] Le fluide magique qui, oh miracle, hybride l'humain en alien ! C'est digne du venin transgéniques des araignées de Spider-Man. Même l'hybride bizarre d'Alien 4 est plus original, c'est dire.

[2] Le chef des brigands nigérians, homonyme d'un récent dictateur au Nigéria, justement.

[3] Oui, mes références datent, c'est normal.

mardi, septembre 15 2009

Réforme constitutionnelle

Vous avez sans doute entendu parler de cette « erreur matérielle[1] » qui fait que la loi ne permet plus de dissoudre l'Église de Scientologie. Sinon, allez jeter un coup d'œil chez Eolas, il en parle bien mieux que moi.

En clair, les députés et les sénateurs ont voté un texte nocif, sans avoir pris le temps d'en débattre ou même de le lire. L'auteur de la loi ne savait probablement pas ce qu'il y avait dedans. En d'autres termes, les parlementaires n'ont tout simplement pas fait leur travail.

Bref. Pour « simplifier » tout ça, je propose d'adapter notre belle Constitution pour qu'elle reflète mieux la réalité de la démocratie française en ce début de XXIème siècle. Cette réforme tient en deux articles :

— Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, pendant lesquels il dispose des pleins pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires.

— Les bâtiments de l'Assemblée Nationale et du Sénat appartiennent au patrimoine national et constituent les deux pôles d'un grand Musée National de la Démocratie pour l'instruction des générations futures quant aux errements de la construction démocratique de la nation française.

En plus, fermer le parlement (et mettre à la porte les juges) fera économiser des sous, qui pourront être utilement consacrés à l'équipement des personnels des ministères en Rolex.

Notes

[1] © 2009 Michèle Alliot-Marie

dimanche, septembre 13 2009

L'ogre Internet revient

Pfff... Vous avez sans doute entendu parler de la petite phrase de Brice Hortefeux (sinon, allez faire un tour sur Google News.)

Ce qui me désole, c'est quand on en arrive là : la majorité met en cause Internet dans l'affaire Hortefeux. Autrement dit, d'après l'UMP, s'il n'y avait pas eu Internet, il n'y aurait pas eu de polémique.

Ben oui.

So what ?

Qu'est-ce qu'ils essaient de dire, au fond ? Que c'est encore la faute à l'absence de censure gouvernementale sur un espace de liberté d'information si on pointe du doigt l'humour douteux d'un ministre ? Ben oui, où est le problème ?[1]

Ah oui. Le problème, c'est qu'Internet est un espace de liberté uniquement s'il est contrôlé par la censure d'état. J'avais oublié. Je suis bête, des fois.

Notes

[1] Perso, j'aurais tendance à dire que le problème, c'est que l'opposition s'excite là-dessus alors qu'il y a tout plein de sujets nettement plus fondamentaux sur lesquels on ne l'entend guère. Mais bon, c'est juste moi, hein.

Le Cafard, le Rat et le Pigeon

Comme chacun sait, le rat est un pigeon sans ailes, c'est-à-dire un nuisible omniprésent dans les environnements urbains. Qui ne vole pas, enfin, en dehors des garde-mangers. Quant au cafard, c'est à peu près la même chose, avec une paire de pattes supplémentaire : une bestiole plutôt grégaire, sympathique quoi, à qui l'on a fait beaucoup de mauvaise presse à cause de ses habitudes alimentaires et son respect disons discutable envers l'hygiène corporelle (eh oui, quand on a six pattes, il vaut mieux mettre du déodorant. Ce que ne fait jamais le cafard moyen. Berk !)

Il est bien connu que la meilleure façon de tuer un rat est de le tuer lentement. Pas seulement pour des raisons de cruauté sadique, même si ça compte forcément beaucoup : c'est surtout que le rat, comme le cafard d'ailleurs, a tendance à se méfier des macchabées, et à fuir comme le choléra[1] les lieux où se trouvent des cadavres de ses congénères.

Ce qui ne peut avoir qu'une seule explication : le rat vivant a peur du rat zombi. On peut le comprendre, c'est moche cette bête-là :

Eh bien figurez-vous que le cafard, globalement, c'est pareil ! Un cafard vivant attire les autres cafards, un cafard mort les repousse. On en déduit que si vous avez des cafards chez vous, laissez-en des morts un peu partout, dans la cuisine, dans la salle de bain au milieu des tubes de crème et de dentifrice, etc. : c'est décoratif[2] et il n'y a rien de tel qu'un cafard cosmétique pour dégoûter les blattoptères[3].

Bref. Vous devez vous demander où je veux en venir. Cette interrogation m'est également, je l'avoue, passée par l'esprit.

Revenons donc au pigeon biset, voire au bête pigeon de ville, souvent surnommé le rat volant[4]. On pourrait penser que le même mécanisme de crainte du zombi marcherait ; mais non ! D'après la fontaine de toute connaissance que l'on appelle vulgairement Wikipédia, les pigeons urbains nichent joyeusement au milieu des cadavres[5], et de préférence à proximité de points d'eau, comme une citerne par exemple.

On en déduit deux choses :

  1. Le pigeon urbain est l'animal le plus crétin de la création. Même un cafard est plus intelligent !
  2. Si on veut se débarrasser des pigeons en ville, on peut :
  • Invoquer une horde de pigeons zombis. Les colombidés vivants ne s'en méfient pas, sans doute parce qu'ils n'en ont jamais vu, et se feront rapidement dépecer. Une fois les pigeons tous zombifiés, ils mourront rapidement de faim (faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à manger dans un cerveau de tourterelle.) ; ou :
  • Déverser des doses importantes de cyanure dans toutes les citernes de la ville. Cela peut avoir des effets secondaires indésirables sur la santé des humains alentours, mais on ne fait pas d'omelette dans casser quelques œufs.

Notes

[1] Parce que le rat et la peste font bon ménage...

[2] Du moins, ça aurait sa place dans certains musées d'art contemporain.

[3] En fait, ce serait le parfum des blattes mortes qui en éloignerait les vivantes. On en revient donc au déodorant !

[4] À ne pas confondre avec l'écureuil volant, qui est une toute autre sorte de bestiole.

[5] Lire la fin du paragraphe « Nesting. » Il n'y a pas de page francophone sur le pigeon de ville, curieusement ; serait-ce que l'on considère le pigeon parisien comme moins notable que son homologue londonien ?

Lectures du moment et du futur proche

Là, je lis Le club des policiers yiddish de Michael Chabon[1]. C'est pas mal, mais j'ai un peu de mal à accrocher parce que globalement, le polar / roman noir n'a jamais vraiment été ma tasse de thé. Enfin ; un monde où Israël s'est fait bouter hors de Palestine par les Arabes en 1948 est loin d'être inintéressant.

Après, je vais sans doute m'attaquer à Anathem de Neal Stephenson. Ou à La bibliothèque nomédienne. Ou à Galactic North d'Alastair Reynolds. Ou à Someone comes to town, someone leaves town de Cory Doctorow. Et puis faut que je reprenne / finisse Le diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez, pareil pour Solaris 171, et puis et puis et puis...

« Too many books, too little time » est, je crois, le dicton approprié.

Notes

[1] je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression persistante qu'il manque un « m » dans le nom de ce monsieur.

samedi, septembre 12 2009

Fini le papier peint !

... enfin, dans la petite chambre. Reste la grande.

vendredi, septembre 11 2009

Turing réhabilité

Enfin, réhabilité... C'est en Angleterre, un pays où le Premier Ministre[1] ne peut pas aisément gracier un condamné, même à titre posthume. Il peut, par contre, présenter des excuses officielles au nom du Royaume-Uni. Et c'est ce qui vient de se passer, comme décrit sur le site de la BBC.

Bref.

Alan Turing est un peu une sorte de héros pour les informaticiens[2]. En réalité, c'était un mathématicien génial, connu pour avoir décrypté le code Enigma utilisé par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, et pour avoir contribué à (ce qui ne s'appelait pas encore) la théorie de l'information[3] et surtout pour avoir posé les bases théoriques et pratiques de l'informatique moderne. On reconnaît par exemple la "machine de Turing" (une construction de l'esprit qui préfigure l'informatique, sur lesquels tout algorithme peut être implémenté), les langages "Turing-complets" (qui permettent de simuler une machine de Turing), et bien sûr le "test de Turing" qui est l'un des critères les plus classiques pour évaluer une intelligence artificielle.

Le problème, c'est que le monsieur était homosexuel, à une époque où c'était un crime. Il fut donc condamné en 1952 pour "indécence manifeste" ; son habilitation à travailler sur des sujets confidentiels défense lui fut retiré ; il fut castré chimiquement (pour éviter qu'il ne retourne pervertir d'autres hommes...) Ne pouvant supporter l'humiliation, surtout professionnelle, il s'est suicidé en 1954.

Tout ça pour dire que c'est plutôt une bonne chose. Les gens à l'origine de la pétition[4] à l'origine de sa réhabilitation demandent maintenant qu'il soit nommé chevalier à titre posthume. On ne peut que leur souhaiter autant de succès.

Notes

[1] Un Écossais, d'ailleurs, à l'heure actuelle.

[2] Et de là, un des héros de Cryptonomicon de Neal Stephenson, bouquin geek par excellence.

[3] En toute rigueur, la théorie de l'information en tant que branche des mathématiques « date » d'un article de Claude Shannon paru en 1948. Les travaux de Turing sur Enigma y ont contribué un certain nombre de concepts.

[4] Déposée, comme il se doit pour l'un des inventeurs de l'informatique, sur le site web du Premier Ministre britannique.

La fin d'une époque

Jusqu'à cet été, à côté de chez nous, il y avait l'enseigne la plus kitchouille de l'univers : Poupette.car, un concessionnaire de voiturettes sans permis en plastique et rondouillardes, très kawaï diront les jeunes.

Hélas, la vitrine s'est vidée cet été, et maintenant il y a un gros panneau « Local disponible ».

Faut vraiment que j'aille photographier la devanture un de ces jours, tant qu'elle existe, parce que quand même, quoi, « Poupette.car » bon sang !

jeudi, septembre 10 2009

Révélations

Le Monde se sent obligé de faire un long article sur le fait que "tout ce qu'on lit sur Twitter n'est pas vrai".

Bah oui tiens. Et pour une autre découverte révolutionnaire, à peine plus compliquée : prenez de l'eau, laissez-la à température ambiante pendant une heure ou deux, et hop, quelque chose de mouillé et de ni chaud ni froid, que je vais appeler (roulement de tambours) : l'eau tiède.

Blague à part, ça sent le réflexe épidermique de la part d'un journal de référence : sous-entendu "ce que vous lisez sur le Monde, ça, oui, c'est vrai[1], on vous le jure."

Surtout, ce qui m'irrite, c'est la prise à partie, l'instruction à charge : mais que font donc ces irresponsables de dirigeants de Twitter pour assurer la véracité de ce qui y est écrit ?

Mais bordel, ils n'ont pas à le faire ! Pour moi, le fait de pouvoir raconter des conneries et de mentir en ligne, c'est une des libertés fondamentales sur le web.

Allez. Je me calme.

A part ça, hier j'étais de passage à Saskatoon et j'y ai vu un ours polaire en train de manger une petite fille avec des couettes. Un véritable scandale ! Les couettes devraient être prohibées, je vais en parler à Sarokzy[2] la prochaine fois que je dînerai avec lui à Téhéran.

Notes

[1] à défaut d'être toujours très intelligent. On fait ce qu'on peut.

[2] Il n'y a pas de faute : c'est le président du Saskatchewan. Je vous jure.

mercredi, septembre 9 2009

Qu'il est dur de trouver une heuristique de gravité de répétitions

Tout à l'heure j'ai bidouillé mon détecteur de répétitions, pour en améliorer la détection de gravité.

Initialement, ça regardait le nombre d'instances d'une répétition divisé par l'écart-type de leurs distances de proche en proche, le tout écrété à 1.0 pour pouvoir faire des traitements simples dessus. Ce n'est pas bête, en gros plus on répète un terme de façon "en moyenne" proche, plus la répétition est grave.

J'avais pris un écart-type plutôt qu'une moyenne pour diminuer l'importance des points éloignés : si je dis "quelque chose bla bla quelque chose longtemps je me suis levé de bonne heure et c'était une bonne chose", la répétition "chose" contient trois occurrences dont deux très rapprochées et une assez lointaine : l'écart-type est plus petit que la moyenne et donc la répétition est plus grave.

Il y a trois problèmes avec cette fonction :

  • la dispersion des données est pourrie (en gros, les valeurs sont concentrées autour de 0), ce qui rend la valeur peu lisible (et me force à faire un traitement d'amplification pour la tranche basse au moment de la colorisation)
  • sur le même texte, on calcule que la répétition de "quelque" est plus grave que celle de "chose", alors que c'est intuitivement le contraire.
  • l'écrétage est violent : en pratique la formule avant écrétage fournit des valeurs entre 0 et, disons, 10 (expérimentalement sur une note de ce blog où j'use et abuse du mot "plus", je tombe à 8,5). Les valeurs sont essentiellement concentrées entre 0 et 1, mais tout ce qui est au-delà de 1 (donc les plus graves des répétitions) ne peut pas être comparé.

Si on utilise le minimum des distances plutôt que l'écart-type, on résoud le deuxième problème mais on accentue le troisième : dans mon exemple de tout à l'heure, les deux répétitions sur "quelque" et "chose" sont jugées extrêmement graves (à 1.0) et identiques, alors que celle sur "chose" est plus grave que celle sur "quelque".

Après quelques tâtonnements, je suis arrivé à : log15(20*(nombre/min(distance)) + 1)/2 en écrétant à 0 et à 1. C'est nettement mieux, mais je suis sûr qu'il y a moyen d'aller encore plus loin.

Ah, et j'ai changé l'algorithme de coloriage. Là où ça faisait bleu > vert > rouge, maintenant ça fait vert > jaune-orange > rouge. L'intensité du jaune / orange est la clé de la catégorie médiane (en gros, plus c'est orange "mûr" plus c'est grave).

Comme toujours l'application est accessible ici : http://fifokaswiti.info/pleo/pleo.p... et le code source, là : http://fifokaswiti.info/pleo.py.

mardi, septembre 8 2009

Starfish, Maelstrom, Behemoth, Peter Watts

Pfioulàlà, il est compliqué de résumer ces trois bouquins.

Sachez en tout premier lieu que l'auteur vous invite à les télécharger sur son site[1], et même à en faire ce que vous voulez (licence CC-BY-NC-SA). À ma connaissance, ils n'existent pas en français — tiens d'ailleurs, ça pourrait être un exercice intéressant à faire à l'occasion. Un Nanotramo pour remplacer le Nanowrimo ?

Bref.

Attention : ne lisez pas les résumés de Maelstrom et Behemoth si vous ne souhaitez pas avoir un (léger) spoiler sur la fin de Starfish

Starfish

Nous sommes en 2050. Le monde est gouverné plus par les corporations transnationales que par des états qui sont, globalement, obsolètes. Si tant est qu'il y en ait une, la principale puissance économique du monde est le Québec indépendant, dont la richesse est assurée par ses exportations d'énergie hydroélectrique.

Le monde est en plein dans le plus fort de la crise énergétique et environnementale que nous abordons tout juste. Le Gulf Stream s'est interrompu, la température a baissé de 20 degrés en Europe alors que le reste du monde est en pleine désertification ; l'énergie est devenue un bien rare, les blackouts et brownouts étant de plus en plus fréquents en Amérique.

Pour s'assurer un peu d'indépendance vis-à-vis du Québec, la corporation N'AmPac (North America Pacific) a mis en œuvre un plan ambitieux qui consiste à installer des centrales géothermiques dans la faille Juan de Fuca, au nord-est du Pacifique, à trois kilomètres sous la surface. Milieu extrêmement inhospitalier : entre le fait qu'il s'agisse de la zone géologique la plus active du monde (25 cm / an de divergence), ce qui cause de multiples éruptions de lave et de gaz, des tremblements de terre, des éjection d'eau bouillante (et plus : à 3000 m de profondeur, l'eau reste liquide bien au-delà de 100°C), et la faune locale (des poissons bioluminescents, prédateurs féroces curieusement atteints de gigantisme), il s'agit d'un tour de force technique que d'y installer une centrale.

Comme l'automatisation a ses limites, ils ont recruté des gens, les rifters, des cyborgs spécialement adaptés à la vie au niveau du rift : des implants complexes dans leur poitrine (en remplacement d'un poumon) leur permet d'expulser toute trace de gaz de leur corps et de respirer sous l'eau (par électrolyse). Et, accessoirement, de compenser les effets de la pression (300 atmosphères quand même) sur leur système nerveux.

Il n'y a plus qu'à trouver des gens qui sont, psychologiquement, prêts à vivre plusieurs années dans le noir et la solitude, dans un environnement pareil.

Peut-être les plus adaptés sont ceux qui n'ont rien à perdre, les déviants de la société humaine ?

Un peu comme dans Blindsight du même auteur, Starfish met un peu longtemps à se mettre en place, et maintient le suspense quant au sujet réel du roman, que l'on ne découvre que dans les cent dernières pages. Mais ce n'est pas grave. Les chapitres qui précèdent sont passionnants, qu'il s'agisse des techniques d'exploration, de la prospective politique et économique, ou de l'étude psychologique que l'on peut, simplement, résumer en : « mettez une demi-douzaine d'asociaux divers (pédophiles, ex-enfants maltraités et abusés, violeurs, personnages violents, victimes professionnelles) dans un cube en métal entouré d'eau à perte de vue, et voyez ce qui se passe. »

Oh, et il y a aussi les effets étranges que la pression a sur le cerveau des rifters... Surtout quand ils se piquent de modifier les réglages de leurs implants.

Je n'en dis pas plus pour ne pas déflorer le roman. Sachez juste que tout s'enchaîne très bien, les pièces du puzzle s'assemblent petit à petit jusqu'à la révélation finale, et que c'est très bon.

Maelstrom

2051.

Lenie Clarke, leader officieuse des rifters de Channer, y a découvert quelque chose qui a changé sa vie — et, accessoirement, le cours de l'histoire de l'humanité. Quelque chose qui justifie qu'elle soit devenue l'ennemi public numéro un.

Le problème, c'est qu'elle ne sait pas de quoi il s'agit. Elle sait juste qu'on l'a fait souffrir, elle et ses... disons, collègues ; « amis » serait un mot trop fort. Pour elle, c'est le déclic : elle a décidé de se venger. Des supplices qu'elle a subi quand elle était petite, des manipulations que lui a infligé N'AmPac, du monde.

Achilles Desjardins est un « hors-la-loi » : un homme suffisamment doué en reconnaissance de formes, en statistiques et en analyse coûts / bénéfices pour qu'on lui ait donné un statut au-dessus des lois, celui d'agent de l'Autorité de Réponse aux Instabilités des Systèmes Complexes, CSIRA en anglais, surnommée la « Patrouille Entropique ». En deux mots, son boulot est de contrôler les dérapages industriels, biologiques, environnementaux ; de résoudre les crises, au besoin en sacrifiant des villes entières pour le bien commun.

Il n'est pas le seul. Mais surtout, il n'est pas libre. La contrepartie de son pouvoir illimité, c'est la perte de son libre arbitre : le Guilt Trip, une drogue sur mesure, amplifie ses réactions normales de culpabilité. Il est physiquement incapable de commettre un acte qui n'irait pas dans le sens du bien de l'humanité[2]. Quand il est convoqué par N'AmPac pour identifier les cas d'infection par « Behemoth », un nouveau microbe s'attaquant aux sols, privant les plantes de nutriments, il s'en étonne : ce genre de tâche est généralement laissé à ses subalternes. Mais il commence à percevoir quelque chose.

Ken Lubin est l'autre survivant de Channer. C'est aussi un tueur à gages officiel, un espion d'un nouveau genre, conditionné à anéantir les moindres fuites sans qu'il puisse prendre une décision consciente à ce sujet. Il est également soumis au Guilt Trip, ou à son proche parent.

Le réseau mondial, Internet, est plus communément appelé Maelstrom : les spams intelligents et les virus, la « faune », constituent l'essentiel de ce qui y circule, tout juste maintenus à l'écart par les « gels intelligents », des routeurs/firewalls basés sur des cultures de neurones. Par hasard, un spam mute et découvre une stratégie de reproduction et de dissémination, un motif de caractères alphanumériques qui lui ouvre toutes les portes, jusqu'à celles du monde réel.

Trois personnages et une lignée évolutive de programmes informatiques dont les trajectoires vont se croiser, dans une ambiance de désastre humain et écologique : la côte ouest du continent nord-américain a été transformée en camp permanent pour réfugiés (asiatiques, indiens, polynésiens, chassés par la famine née de l'instabilité du cycle des moussons, par la montée des eaux, etc.), rendus placides par les drogues que l'on ajoute à leurs rations de survie. L'intérieur des terres n'est pas mieux, et CSIRA prend des mesures de plus en plus draconiennes pour résister à un fléau que personne n'identifie encore.

Behemoth

2056.

Lenie Clarke s'est réfugiée auprès de ses anciens pires ennemis. Gardienne de prison ou membre de la communauté ? Elle ne sait pas exactement. On le lui reproche.

Ailleurs, sur la terre ferme, la fin du monde est en cours. Behemoth ne se contente pas de décimer la biosphère, mais est en train de tout éradiquer. Les plus riches se sont réfugiés dans des villes fortifiées, imprenables ; les moins chanceux sont abandonnés dans les campagnes de moins en moins vertes. L'Amérique du Nord est isolée, en quarantaine ; l'union afro-européenne atomise tout ce qui en quitte les côtes, et, de temps à autres, y envoie quelques missiles suspects que les restants de CSIRA (essentiellement Achilles Desjardins) s'empressent d'intercepter.

Clarke essaie de se racheter. Lubin, délivré du Guilt Trip et, en fait, de toute capacité à éprouver de la culpabilité, vit selon un code moral rigide, qu'il ne s'autorise pas à violer. Achilles Desjardin, lui aussi délivré du Guilt Trip, a la réaction inverse : il profite de son statut d'homme le plus puissant du continent pour passer à l'acte de tous ses fantasmes. Qui ne sont pas joyeux.

En conclusion

La trilogie Rifters est complexe, c'est le moins qu'on puisse dire. Il est difficile d'en extraire un thème principal. Biologie, mécanismes fondamentaux de la vie, possibilité d'un (ou plusieurs) types d'organismes vivants radicalement différents de (et incompatibles avec) ce que l'on connaît ; évolution, biologique et informatique ; psychologie des situations extrêmes ; manipulations mécaniques et génétiques sur l'homme, ses mémoires et sa conscience de soi ; conscience, mécanismes neurologiques et chimiques du libre arbitre ; politique de la gestion des ressources dans une crise écologique ; moralité en l'absence de culpabilité ; la liste est longue.

Et c'est... Bien. On pourra reprocher à Peter Watts une écriture un peu clinique, un peu crue (le taux de fuck par page est supérieur à ce que l'on voit habituellement en SF), sans que ça soit rédhibitoire. Le troisième tome m'a moins parlé que les deux premiers, mais c'est sans doute l'essoufflement : je les ai lus d'une traite, à force ça fait un peu beaucoup.

J'ai beaucoup aimé les intrigues complexes, les réflexions poussées, l'anticipation sociale, politique, scientifique... C'est fascinant et passionnant.

Bref, allez-y. A tout prendre, je conseillerais volontiers Blindsight comme premier contact avec l'auteur : ce n'est pas moins complexe et retors, mais c'est plus court, donc un tantinet plus abordable. Une fois cela lu, si vous avez apprécié, vous pouvez sauter sur Starfish, en prenant en compte le fait que c'est un peu plus lent.

Notes

[1] Allez dans la section "Now", et "Backlist". La navigation n'est pas très claire.

[2] Ou du moins, de sa perception profonde dudit sens.

Urgh

Je viens de lire sur le forum d'ActuSF que l'excellentissime Outrage et Rébellion de Catherine Dufour a fait un bide total en librairie. Bon, je savais déjà que les chiffres de vente n'étaient pas géniaux, mais je ne pensais pas qu'ils en avaient à peine vendu autant qu'ils ont envoyé de SP[1]

Alors, c'est vrai que le bouquin est exigeant au niveau du style (quoique : il faut un peu d'ouverture d'esprit, c'est tout.)

Il est vrai aussi qu'il peut facilement choquer les plus prudes et même les autres ; ça tache, ça fait mal, c'est malsain (mais c'est volontaire et assumé), ça baigne dans le sang, le sperme et les excréments. C'est bourré de mauvais esprit et la morale en prend un coup. Pas exactement un bouquin pour enfants.

Mais pour autant, c'est puissant, c'est drôle (même si on rit jaune), c'est plein de jeux de mots foireux[2], c'est émouvant à l'occasion, c'est science-fictif au possible[3], et surtout c'est magnifiquement bien écrit. Des bouquins comme ça, j'en veux d'autres.

Alors faites une bonne action, allez chez votre libraire et achetez-le lui. Vous ne serez pas déçu. (Évitez juste de l'offrir à votre belle-mère, sauf si vous apprenez par hasard qu'elle a chanté dans un groupe punk.)

Notes

[1] Service Presse : les bouquins envoyés aux journalistes pour qu'ils fassent des critiques.

[2] Ah, le salaud Delange !

[3] À savoir : c'est des gens qui sont peut-être humains, mais tellement éloignés de nous, par leurs conditions de vie, leur culture et leurs technologies, qu'ils sont parfois fichtrement incompréhensibles. La notion de sexe (au sens opposition masculin / féminin, pas au sens échange de fluide particulièrement distrayant) est obsolète dans la suburb, par exemple ; on y croise régulièrement des gens avec trois clitoris et deux pénis, dont un sur le front.

dimanche, septembre 6 2009

Le Feu de Dieu, Pierre Bordage

J'ai lu et critiqué ce bouquin pour CitronMeringue. Vous pouvez donc y trouver la version ''diplomatique'' de ce que j'en ai pensé.

Ici, où j'ai le droit de déployer toute ma mauvaise foi légendaire, je serai moins gentil : c'est une bouse, une vraie, qui peut à la limite être appréciée comme un nanar écrit.

Pour le pitch, allez voir mon résumé sur CM. Pour l'avis, continuez. Attention : si vous avez aimé le bouquin, ne lisez pas plus loin.

La couverture est pas mal. J'aime bien.

C'est mal écrit. Bordage fait des phrases lourdingues, il empile les adjectifs comme autant de perles sucrées sur un gâteau écœurant[1]. Il use et abuse des superlatifs. On a droits à des gens aux yeux maléfiques, à des silences d'une profondeur insondable, à des balles qui miaulent sur du blindage en faisant jaillir des gerbes d'étincelles... En soi pas de péché capital, si ce n'était que c'est ainsi à chaque phrase, sur 500 pages. Ça fait long.

C'est malsain. Jugement de valeur me direz-vous, et je serai d'accord avec vous ; mais juste avant le Bordage, j'ai lu Behemoth de Peter Watts, dont l'un des thèmes secondaires est le comportement d'hommes auxquels on a chimiquement retiré la capacité de honte et de culpabilité ; des gens sans conscience dont l'un se trouve être à la fois l'homme le plus puissant du continent américain et un sadique qui ne peut concevoir de plaisir sexuel sans infliger de souffrance. Eh bien j'ai trouvé Behemoth très bon, et les descriptions de torture ne m'ont pas plus gêné que ça. En comparaison, Bordage se vautre dans le glauque, il écrit des pages et des pages sur les humiliations, les viols, et les tortures psychologiques que Jim inflige à Alice puis (du moins il essaie) à Zoé, l'adolescente d'une douzaine d'années.

Il prenait tout ce qu'il savait prendre, se servant de ses mains aux doigts interminables, de ses dents taillées comme des crocs, de son sexe long et tordu comme d'instruments de conquête et de domination.

Dans le monde du Feu de Dieu, tout le monde est un pervers, tout le monde est atteint : les enfants sont exposés à la pornographie, aux exhibitionnistes (mais ne s'en portent pas plus mal...) ; le premier réflexe d'une femme dont la progéniture est ensevelie sous les décombres est de proposer aux hommes qui passent de « faire tout ce qu'ils veulent avec elle » s'ils l'aident à déterrer ses enfants. Les hommes sont soit des prédateurs sexuels, soit des niais. Les femmes sont (presque) toutes des victimes.

Perso, comme vision de l'humanité et du sexe, ça me gêne. Et puis, quand on parle des bouts de cadavres sur le site d'un crash aérien, il y a des adjectifs plus, disons, appropriés que « dénudés ».

C'est ennuyeux. Au bout d'un moment on apprend à identifier les paragraphes qui n'ont aucun intérêt (à peu près un sur deux), et à n'en lire que les premiers et derniers mots. Même comme ça, c'est chiant comme un rat mort un jour de pluie.

C'est bourré jusqu'à la moelle d'invraisemblances. On passera sur le cataclysme lui-même, mais franchement, des ours polaires dans la Creuse ? Le type qui, alors qu'il lui reste 80 km à parcourir à pied avec une gamine de 6 ans et en plein blizzard, décide qu'il n'a rien de plus intelligent à faire que de jeter ses provisions de nourriture qui le ralentissent ? Un igloo cubique ? Des rats en groupes de plusieurs dizaines de milliers, mais affamés au point d'attaquer des hommes vivants pour les manger[2] ?

C'est extrêmement prévisible. On sait à peu près à la page 10 comment ça va finir. (Vérification faite : oui, à la page 10. C'est bien ça.)

Ça baigne dans un mysticisme à deux balles particulièrement énervant. La rédemption nous viendra des enfants, ces cœurs purs qui signalent un nouveau stade dans l'évolution de l'homme, bla bla bla... À la décharge de l'auteur, je ne suis pas bon public en général pour des niaiseries de ce type-là, surtout quand je viens de me fader trois tomes de hard sf très pointue sur la biologie et l'évolution.

Ça dégouline de bons sentiments. Franchement, si je me faisais agresser, tirer dessus, droguer, presque bouffer, et j'en passe, je n'en sortirais pas nécessairement avec un point de vue bisounours « tout le monde il est beau, il faut partager ce qu'on a avec tout le monde ».

...

Bref.

C'est marrant, tout ça. Comme beaucoup de monde, j'ai connu Bordage à partir de son space opéra Les Guerriers du Silence. À l'époque j'avais trouvé ça plutôt chouette, même si certains éléments m'avaient fait sourire (par exemple le côté rentre-dedans du message new age-eux « il faut être en harmonie avec sa nature et son corps » : tout le monde est à poil dans ces bouquins, sauf les méchants qui portent la burqa.)

Quelques années plus tard, je tombe sur L'Évangile du Serpent, qui m'a fait me marrer comme une baleine (des hippies qui parcourent la Bretagne en hiver à poil et n'attrapent même pas de pneumonie, je veux voir ça !), même si je suspecte que ce n'était pas entièrement voulu. À part ça, j'ai trouvé le roman piètre mais pas franchement mauvais.

Et là, ça... Ben, je recommencerai pas, hein.

C'est dommage, pour tout ce que j'ai pu le croiser aux divers festivals, etc., il m'a l'air fort sympathique, le monsieur.

Notes

[1] On a les métaphores qu'on peut.

[2] Hint : la sélection naturelle fait qu'une population quelconque ne grandit pas au-delà du potentiel offert par son environnement.

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