Fifokaswiti

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, juillet 14 2010

Les Suédois boivent-ils toujours autant de café ?

Ce matin, je suis allé voir Millenium 2, la fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une boîte d'allumettes[1].

Ben, c'était pas mal, tout le monde parle suédois dans le film et j'ai pu jouer à reconnaître les lieux à Stockholm où ça se passait.

Ah, et sinon l'intrigue est un peu faiblarde et très peu vraisemblable (théories du complot, coïncidences éhontées, un « méchant » très méchant qui non seulement fait deux mètres et cent trente kilos, mais est aussi insensible à la douleur, etc.) Mais on s'en fout, l'intérêt c'est d'entendre parler suédois. C'est amusant d'ailleurs, les sous-titres ne sont jamais vraiment exacts, même si ça veut toujours dire la même chose au fond, c'est toujours un peu différent. Comme pour le premier film, je soupçonne qu'ils aient été faits à partir du texte du doublage (où s'ajoute la contrainte de synchronisation avec les mouvements de lèvres des acteurs.)

Sinon, pour la réponse à la question, il faudra attendre que j'ai lu le bouquin, parce que bon, il y a pas mal de cafés dans le film, mais je me doute que la plupart des cafetières aient été coupées au montage.

Notes

[1] pour une fois que le titre traduit est « mieux » que l'original (flickan som lekte med elden, la fille qui jouait avec le feu), on ne va pas se gêner.

dimanche, juillet 4 2010

Retour sur l'Horizon, anthologie de Serge Lehman

Bon, voilà, j'ai fini par la lire, cette antho[1]. Je ne prétends pas en faire une critique de qualité, informée et de fond, parce que s'il y a un bouquin qui a été copieusement chroniqué ces derniers mois, c'est bien celui-là… Mais j'ai quand même envie de dire ce que j'en ai pensé.

En général, la couverture ne ment pas. Il s'agit bel et bien de « quinze grands récits de science-fiction. » Lehman a su réunir dans un bouquin certains des plus grands noms de la SF française (il ne manque guère qu'Ayerdhal et Wagner − peut-être Klein − pour avoir un tableau à peu près complet[2].) L'impression générale est « ouah ! » : par rapport à l'essentiel de ce que j'ai pu lire en nouvelles ces quelques dernières années, qui était surtout de la micro-édition très orientée fandom, on est clairement à un autre niveau. L'effet est intéressant : d'un côté, on se sent humble, très humble. De l'autre, ces récits m'ont fait rêver, m'ont jeté des étoiles dans les yeux et des concepts dans la tête. Ça faisait longtemps, et arrivé à mi-chemin de l'antho, j'avais furieusement envie de me remettre à écrire, et ça, ça faisait encore plus longtemps.

Dans le détail…

J'avoue avoir eu un gros a priori vis-à-vis de Fabrice Colin. Je le connais fort peu, mais tout ce que j'en ai lu (deux tomes de Winterheim et Les confessions d'un automate mangeur d'opium) était, soit décevant, soit, disons, clairement pas pour un lecteur comme moi (sans euphémisme, j'ai trouvé Winterheim très mauvais.) Du coup, j'ai été très agréablement surpris par son double texte, très dickien certes, mais pas que, une mise en abyme très intelligente et angoissante qui floute astucieusement la frontière entre la réalité (quelle réalité ?) et la fiction (quelle fiction ?) Ce n'était pas gagné. L'histoire de la tête androïde de Philip K. Dick qui intervient dans un contexte dickien, et l'angoisse de l'auteur qui découvre qu'un alter ego fictionnel a déjà écrit le texte auquel il pensait, laissaient craindre un fatras auto-référentiel, un circuit fermé de rétroaction dans un milieu très select, une forme d'intellectualisme nombriliste rive gauche mais adapté à la SF. Eh bien non, c'est fait avec intelligence et beaucoup de talent. C'est un hommage à l'un des patrons saints de la SF, mais c'est aussi une paire de textes qui tiennent tous seuls par leurs qualités propres. Allez, soyons fous : si je ne devais retenir qu'un seul texte de l'antho, ce seraient ces deux-là.

Tertiaire d'Eric Holstein est très sympathique, dans le genre humour féroce que j'aime. Dans son futur proche, tout se vend et tout s'achète, et donc, tout doit s'acheter et se vendre. L'argent a une dimension identitaire. Vous êtes votre compte en banque ! Dommage que, d'un strict point de vue narratif, on reste sur sa faim. Il n'y a là pas d'histoire, juste une saynète de la vie ordinaire d'un type détestable. Mais on ne saurait trop lui en tenir rigueur.

Je parle souvent ici de Catherine Dufour, dont j'admire énormément l'écriture (et pas mal le point de vue, souvent décalé, généralement dans le ton humour féroce qui fait ricaner bêtement dont je parlais plus haut.) Elle signe ici une Fatwa de mousse de tramway qui n'est quasi pas de la SF, et qui ironise sur les pressions politico-financières qui font accoucher d'absurdités. Ce texte souffre de la juxtaposition avec le Holstein : même thème général, même approche humouristique. L'histoire est différente, et Dufour a un meilleur sens de la formule[3] ; mais ça ne sauve pas le lecteur d'une impression gênante de répétition. Je plains Serge Lehman, qui a reçu ces deux très bons textes, et qui aurait dû en refuser un, non parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il est trop proche d'un autre déjà accepté… Ç'aurait été injuste, et choisir entre les deux aurait été impossible. Prendre les deux était sans doute la seule solution, au risque de diminuer leur impact.

À mon grand désarroi, je n'ai jamais rien lu de Jean-Claude Dunyach, bien que certains de ses bouquins (Étoiles mortes et Déchiffrer la trame, au moins) ornent mes étagères. Après Les fleurs de Troie, il est impensable que je ne les lise pas, et prochainement. C'est de la hard-sf mâtinée de space opera du plus bel effet ; ça évoque les mêmes émotions et les mêmes réflexions que, par exemple, Watts ou Reynolds (mais peut-être en mieux écrit, ce qui ne gâte rien.)

Seule inconnue de cette antho, Maheva Stephan-Bugni nous livre avec Pirate un joli récit, un tantinet angoissant, de perte d'identité voire d'apathie, dans un monde passif-agressif, confit de sollicitude cruelle, et tellement réaliste[4]. De dépressif asocial, le personnage se transforme sans changer en héros poétique. C'est beau et fort bien fait.

Après cela, Laurent Kloetzer détonne avec son histoire de barbouzeries cyberpunkisantes. C'est méchant, c'est violent, ça fait mal. Ça grince. Ça fait du bien.

Lumière Noire de Thomas Day suit dans la même lignée. L'exercice (un récit post-apo, dans un monde où les machines se sont rebellées) est casse-gueule, parce que souvent exploité dans la culture populaire. Day désamorce finement le problème en référençant explicitement Terminator, petite astuce d'écrivain qu'on lui pardonnera volontiers, d'autant que Lumière Noire est au fond l'opposé de Skynet. Là encore, c'est violent, ça saigne et c'est méchant, on sent une certaine attirance de l'auteur pour le gore et les séries B. Le style est très « cinématographique », très visuel, très efficace en somme. Pour chipoter, je pourrais dire que la fin m'a déçu, mais c'est surtout parce que j'aurais imaginé autre chose : critique non recevable.

Après deux textes aussi violents, il convenait de faire une transition. C'est André Ruellan qui s'y colle avec Temps mort, récit qui joue sur la subjectivité du temps, où quelques secondes d'acharnement thérapeutique sont vécues comme une éternité de souffrances. Pas mal, et bien réalisé, mais rien de nouveau sous le soleil, dans le même genre il y a La plongée de Planck d'Egan (in Radieux) voire la séquence du suicide dans Substance Mort de Dick.

On m'a survendu Les trois livres qu'Absalon Nathan n'écrira jamais de Léo Henry. Du coup, je m'attendais à une sorte d'expression du génie littéraire, et je suis tombé sur un exercice de style. Non qu'il soit mauvais. Loin de là. Mais la technique d'écrivain est tellement présente que l'on se prend à apprécier la nouvelle en tant qu'exercice de mise en abyme[5], et non en tant que nouvelle. Peut-être était-ce d'ailleurs le but : il s'agit après tout d'un écrivain (Henry) racontant l'histoire d'un écrivain (Nathan) ne racontant pas trois histoires à propos d'écrivains racontant des histoires. Tout cela est bien joli, mais on se prend à regretter que les trois synopsis qui nous sont donnés ne soient que cela ; en ce qui me concerne, j'aurais beaucoup aimé lire ces trois livres. J'y aurais certainement pris plus de plaisir qu'à lire l'histoire de leur non-écriture. L'auteur en était sans doute conscient, car il écrit − avec une certaine perversité − que ces histoires n'intéresseraient que des écrivains. Possible. Mais la critique vaut encore plus pour la nouvelle.

Cette nouvelle aura au moins eu l'intérêt de me faire réfléchir au processus créatif, et à certaines techniques d'écriture. En somme, à me redonner envie d'écrire moi-même[6] (à mon maigre et modeste niveau.) À ce moment dans la lecture du bouquin, j'étais donc plutôt en mode « créateur » plutôt qu'en mode « lecteur » : ça m'a considérablement piraté mon temps de cerveau disponible, et perturbé la lecture des deux nouvelles suivantes. Je ne leur ai donc pas fait honneur.

Penché sur le berceau des géants de Daylon est un texte fort intelligent qui prend l'idée du premier contact et lui applique un traitement, disons, rétrofuturiste. C'est bien, mais je l'ai lu grandement en diagonale.

Pour la même raison, j'ai fait l'impasse sur Dragonmarx de Philippe Curval. Après une page ou deux, j'ai conclu que s'il y avait quelque chose que je n'avais pas envie de faire, c'était de lire une uchronie fantasy sur des communistes armés de l'anneau des Nibelungen et retranchés dans le centre-ville de Vienne. J'y reviendrai un jour, mais pas maintenant.

Il a fallu Jérôme Noirez, dont j'ai déjà dit ici tout le bien dont je pense, pour me replonger en mode simple lecteur. Terre de Fraye est un Noirez type : sale, gluant, mais aussi drôle et poétique. Une novella plutôt longue, et qui se finit, pour faire un mauvais jeu de mots, en queue de poisson, mais jouissive quand même.

S'ensuit un court texte de David Calvo, Je vous prends tous un par un dont, hum, je n'ai pas vu l'intérêt. Le seul raté, si l'on veut, de cette anthologie.

Anthologie qui se conclut par un très bon texte de Xavier Mauméjean, Hilbert Hotel, une histoire folle dans un contexte tout à fait irréaliste, mais parfaitement cohérent. Je l'ai dit : c'est très bon.

Pour conclure… Bah, je ne vais pas me répéter. Cette antho est un excellent bouquin, auquel on ne pourra faire que quelques reproches : la juxtaposition de Holstein et Dufour, les présentations des textes franchement dispensables, et c'est à peu près tout. Ah si, il paraît que la préface élabore une thèse qui fait débat (700 pages !) dans le petit milieu de la SF. Franchement, je ne l'ai pas lue. Ce n'est pas pour la préface que l'on lit cette antho, mais pour les textes, qui sont d'un très bon niveau.

Notes

[1] enfin presque, j'ai fait l'impasse sur un des textes, mais j'y reviendrai.

[2] Oui, je sais, on pourrait encore en rajouter… mais une sélection est forcément limitative, et il n'y a guère que ces deux-là dont l'absence s'est vraiment sentie.

[3] ce qui n'est pas une critique d'Eric Holstein : Catherine Dufour a un meilleur sens de la formule que n'importe quel auteur vivant ou mort.

[4] qui m'a fait penser, l'ironie mordante en moins, à ''Siècle d'enfer'' de F. Castaing.

[5] pour le coup, celle de Colin est plus intéressante à mon goût.

[6] il est amusant, rétrospectivement, qu'une nouvelle que je n'ai pas apprécié m'ait autant marqué, et fait réfléchir, au point de changer complètement mon état d'esprit. Il est possible, finalement, que Lehman ait raison, et que cette nouvelle se trouvera dans tous les livres d'histoire de la littérature.

lundi, juin 28 2010

Les Suédois boivent beaucoup de café − Män som hatar kvinnor, Stieg Larsson

Un peu pour le fun, pas mal pour voir si j’en étais capable, et un chouïa pour pouvoir faire mon kéké dans le métro, j’ai lu récemment Män som hatar kvinnor de Stieg Larsson. Comme vous pouvez le deviner facilement, il s’agit du premier tome de la fameuse « trilogie Millenium », en version originale, donc.

Ben, le suédois, c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas, mais ça ne veut pas dire qu’on peut, du jour au lendemain, faire le Tour de France sans entraînement. Les premières pages font assez peur, et puis on rentre dans le rythme… du moment qu’on garde un bon dictionnaire à portée de main. Merci Nokia d'en avoir fait un bon pour mon téléphone.

Ceci étant dit, de quoi ça parle ?

Mikael Blomkvist est un journaliste, dans le genre justicier : il prend très à cœur sa mission non seulement d’information, mais aussi d’enquête et de dénonciation des dérives. Il est co-propriétaire et responsable légal de son journal, le fameux Millenium du titre. En sus de cela, c’est un homme intègre, très honnête, agréable à vivre et qui a beaucoup de succès avec les femmes. Lisbeth Salander, de son côté, est une jeune hackeuse de génie mais marginale, tatouée de partout, et socialement inepte. À un moment l’auteur − enfin, un personnage − lâche le terme d’autisme Aspberger pour la décrire[1]. En tout état de cause, elle travaille en freelance (pardon, en frilans) pour une société de services de sécurité, pour laquelle elle mène des enquêtes sur des personnes. Oh, et elle est suffisamment asociale pour être sous tutelle légale d’un avocat désigné par les autorités[2].

Tous deux sont caféinomanes en phase terminale.

Au début de l’histoire, Blomkvist est condamné à trois mois de prison pour diffamation aggravée d’un homme d’affaires. Comme c’est la Suède, il reste tout de même libre, il aura même plus ou moins le choix de quand il purgera sa peine et dans quelle prison. Il est donc un tantinet déprimé. Parallèlement à cela, Salander est engagée par un avocat énigmatique pour enquêter sur lui ; elle conclut que c’est un bien brave homme malgré une certaine promiscuité, notamment avec sa collègue et rédactrice en chef (femme mariée par ailleurs.) On découvre rapidement que l’avocat travaille pour Henrik Vanger, un vieillard qui fut en son temps une légende du monde des affaires, PDG du Groupe Vanger (Vangerkoncernen), un quasi-égal des Wallenberg (une famille − réelle − de banquiers et d’industriels qui contrôlent de près ou de loin quelque chose comme un tiers du PIB suédois). Ce brave homme, qui a laissé les clés de la boîte à son petit-neveu Martin Vanger, a décidé d’engager Blomkvist, officiellement pour écrire l’histoire de la famille Vanger à travers les siècles, et officieusement pour découvrir qui a tué sa petite-nièce Harriet, sœur de Martin, qui a disparu corps et biens une quarantaine d’années plus tôt.

Blomkvist finit par accepter, et se met donc à enquêter sur les Vanger. On a là une galerie de personnages tous plus affreux les uns que les autres, avec des nazis, des sociopathes, tout ça… En plus, ils ont le mauvais goût d’habiter sur un îlot relié par un pont au Nord de la Suède. Donc non seulement Blomkvist va se prendre la tête avec des salauds, mais en plus il va avoir froid ! Car tout commence en décembre. Heureusement, il a un stock quasi illimité de café pour se réchauffer.

Bien entendu, Blomkvist va découvrir le meurtrier, et au passage semer la zizanie chez les Vanger. Au passage, il s’agit aussi de sauver son journal, qui a pris un sacré coup après sa condamnation. Bref, je n’en dis pas plus, pour le reste c’est du polar classique.

Est-ce que c’est bien ? Bah − je ne lis pas assez de polars pour avoir un avis informé. Disons que j’ai bien aimé, malgré un certain nombre de défauts (Blomkvist est trop gentil, beau, intègre, intelligent ; Salander est quasiment un stéréotype à elle toute seule ; les méchants sont vraiment trop méchants) L’écriture est assez sympathique, même si je suis tout à fait incapable de juger de son élégance ou de sa richesse. Un peu à la méthode d’un William Gibson, Larsson ancre son récit dans le réel en rajoutant beaucoup de détails. Blomqvist n’a pas un simple ordinateur, il a un iBook ; Salander emprunte une « Toyota à embrayage automatique » et mange des sandwiches mous au fromage et aux cornichons coupés en tranches. On a la configuration exacte du PowerBook qu’elle décide d’acheter, et le détail du nombre (ahurissant) de cafetières qu’ils s’enfilent tout au long de la journée.

De fait, les Suédois sont les deuxièmes consommateurs de café du monde en kilos de grains par personne et par an, juste derrière les Finlandais. Je soupçonne la neige d’y être pour quelque chose. Mais bon, quand même, je ne serais pas étonné que « kaffe » ou « kaffepanna » (cafetière) soient les mots les plus fréquents dans le bouquin. Il y a même une scène où Salander, insomniaque, se lève au milieu de la nuit pour se faire une petite cafetière… C'est un peu dommage quand des détails aussi bêtes sortent le lecteur de l'histoire.

Enfin bref. Si ce n’est clairement pas un chef-d’œuvre bouleversant, le livre se laisse tout à fait lire, ça ne manque pas d’intrigue ou d’action, et c’est tout à fait plongé dans la Suède de 2002-2003, soit grosso modo un an après que j’en sois parti. J’ai donc retrouvé pas mal de choses, des détails à foison et beaucoup d'ambiance dans ce bouquin, et rien que pour ça j’ai beaucoup aimé.

Notes

[1] de façon agaçante, d'ailleurs : l'auteur ne prend pas de risques, c'est juste un perso qui lâche le mot dans sa propre subjectivité.

[2] En fait, elle est officiellement förståndshandikappad, ce que l'on pourrait traduire littéralement par handicapée de la comprenette.

samedi, juin 19 2010

The City and the City, China Miéville

Tyador Borlú est un inspecteur. Un vrai, avec une gabardine et un pistolet, et aussi avec le pessimisme de rigueur pour qui côtoie cadavres et malfrats plus souvent qu'à son tour. Ce matin il a été réveillé par la sonnerie du téléphone. On a retrouvé un corps, une femme nue et mutilée, hâtivement dissimulée sous un matelas au rebus, dans un quartier mal famé. S'ensuit une enquête comme on en pourrait trouver dans n'importe quel polar, si ce n'était un détail important, qui est que cela se situe à Besźel, une ville-nation quelque part en Europe du Sud-Est, entre influences hongroise et turque. Mais ce qui fait de Besźel un endroit unique, c'est qu'il s'agit d'une ville siamoise : elle est reliée, mêlée, mélangée avec Ul Qoma. Les deux cités se partagent grosso modo le même territoire ; certaines rues appartiennent à l'une, d'autres à l'autre, et la majorité sont « mélangées », c'est-à-dire qu'un même endroit physique peut correspondre à deux rues différentes de villes différentes. Les habitants sont conditionnés à ne pas voir l'autre ville et à ignorer ses citoyens. Une autorité énigmatique et inquiétante, Breach, veille à ce que les cités restent ainsi séparées.

China Miéville est surtout connu pour Perdido Street Station et ses deux suites, une sorte de fresque de fantasy décadente et débridée, où tout est possible, où l'on croise des cactus ambulants comme des hommes à tête de scarabées, où l'on fore le fond des océans pour en tirer du pétrole mais aussi de la magie liquéfiée, où les délinquants sont condamnés à être Recréés, mélangés à des parties mécaniques (à vapeur, généralement.) Des romans foisonnants, que je conseille d'ailleurs, mais qui n'ont rien à voir avec ce qui nous concerne ici. The City and the City est, au contraire, très « réaliste », si l'on accepte l'idée de base. Pas de magie, mais des meurtres, des enquêtes administratives et une fusillade de temps à autre.

Qu'en dire ? Ce bouquin fait beaucoup penser au ''Club des policiers yiddish'' de Chabon, pour des raisons évidentes. Mais là où ce dernier m'avait plutôt endormi, le Miéville m'a gardé éveillé, m'a intrigué et fasciné ; surtout parce que le principe de ces deux villes séparées bien qu'au même endroit ouvre beaucoup de possibilités, depuis les crimes possibles jusqu'à des scènes d'action surréalistes. Une fois les règles posées, Miéville joue avec, non sans un plaisir visible et communicatif.

Pour le reste, ça reste un polar, avec des crimes et des suspects, et des retournements de situation. Comme de bien entendu, on n'apprend les tenants et les aboutissants de l'enquête que dans les dernières pages. Je ne saurais pas trop juger de l'intérêt de l'intrigue policière − disons seulement qu'on devine rapidement qui est le coupable, ne serait-ce que par « inévitabilité narrative. » Mais qu'importe ; ce qui rend le bouquin intéressant, c'est son décor. Et c'est très bien comme ça. J'ai beaucoup aimé.

Edit après coup : The City and the City a gagné, pour le moment, le prix BSFA (British Science-Fiction Association), le prix Arthur C. Clarke et le Locus dans la catégorie « fantasy. » Je ne suis pas le seul à avoir apprécié.

dimanche, juin 13 2010

Si d'aucuns se demandent

Mon texte pour le Corps n'a été ni accepté, ni refusé. On l'a trouvé digne d'intérêt mais pas assez pour sélection tel quel, alors on m'a donné la possibilité de le retravailler. Voili voilà…

mercredi, avril 28 2010

Tiens, tout arrive en même temps

Alors que je disais hier que mon texte pour Le Corps (chez Parchemins et Traverses) était passé au deuxième tour de sélection, j'ai appris aujourd'hui que mon autre texte en attente, pour Virus chez Griffe d'Encre, en est au « troisième tour » (deux vagues de refus ont été envoyés, il reste 11 textes dont 5 définitivement sélectionnés, et l'anthologiste a lancé un appel à textes complémentaire parce que bon, ça ne suffit guère tout ça.) Bref, sans verser dans un excès d'optimisme, ça sent plutôt bon, tout ça.

mardi, avril 27 2010

Si l'on suppose que c'est un processus aléatoire...

... mon texte a environ deux chances sur trois d'être sélectionnée pour l'antho Corps. (Si vous ne savez pas de quoi il s'agit... bah renseignez-vous.) Car l'anthologiste a dit avoir conservé pour le deuxième tour une trentaine de textes, pour une sélection d'un peu moins d'une vingtaine. Or sauf erreur technique, je n'ai pas reçu de refus. Espérons donc que le processus est aléatoire, car les probas ne sont pas si mauvaises.

jeudi, avril 8 2010

Le diapason des mots et des misères, de Jérôme Noirez

J'ai essayé de faire une critique construite de ce recueil, et je n'ai pas réussi. Je me contenterai donc de vous faire part de mes impressions de lecture.

Pour ceux qui l'ignorent encore, Noirez est, avec C. Dufour et (à la rigueur, même si je trouve ce dernier trop ostentatoire et, hum, métaphysique ? pour l'apprécier vraiment) Alain Damasio, l'une des voix les plus originales et les plus reconnaissables du petit monde de la SFFF française. Si vous ne l'avez pas encore fait, courez lire « Féérie pour les Ténèbres, » sauf si vous entrez dans l'une des deux catégories ci-dessous :

1. les prudes qui s'offusquent de l'humour largement en-dessous de la ceinture (Noirez réussit le tour de force de faire quelque chose de très beau et de très poétique copieusement lardé de sperme et de merde, et c'en est d'autant meilleur) ;

2. ceux qui ont quelque ambition littéraire, car ce type écrit comme un dieu et vous fera jeter votre manuscrit dans la cheminée en pleurant.

Depuis, il sévit en jeunesse (« Les Shoguns de l'Ombre » etc., que je n'ai pas lus), et a publié un recueil chez Griffe d'Encre, dont je vais vous parler ici.

Bref. Dans Le diapason... on retrouve les ingrédients habituels de Noirez ; c'est glauque, c'est drôle, c'est touchant et c'est rudement bien écrit. Comme le remarque Catherine Dufour dans sa postface, on y retrouve aussi une bonne part des thèmes et des angoisses déjà évoquées dans Féérie...

Un mot sur la structure du recueil. On comprend assez vite l'objectif, qui est d'avoir une progression dans l'étrange et dans l'angoisse (qui atteint son paroxysme avec les trois dernières nouvelles, regroupées sous le nom de « Contes pour enfants mort-nés »). Cela est louable, mais du coup l'attaque du recueil est un peu molle, les trois premières nouvelles étant, à mon avis totalement subjectif, les plus faibles, au point qu'après avoir lu ces trois-là j'ai reposé le bouquin et l'ai laissé lambiner quelques mois. Erreur ! Car tout de suite derrière, ça attaque fort.

Quelques souvenirs marquants :

  • L'apocalypse selon Huxley (déjà vue chez Griffe d'Encre dans l'antho Ouvre toi !), un road movie arrosé de stupre et de calamités, à se tordre de rire ;
  • L'enquête déjantée et surréaliste de Feverish train, et la non moins surprenante Grande Nécrose ;
  • La poésie et la délicatesse des rapports humains dans Le diapason des mots et des misères ;
  • Et les trois Contes pour enfants morts-nés, recueil dans le recueil, délicats et morbides à la fois, du Noirez tout craché en somme.

Au final, j'ai passé un excellent moment dans l'imaginaire de monsieur Noirez. Oh, il y fait moite et ça sent le moisi, mais... qu'est-ce que c'est bien écrit...

Allez, je vous laisse. J'ai des manuscrits à brûler.

lundi, mars 22 2010

Des fois je voudrais savoir dessiner

En lisant ça : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/03/22/les-americains-surfent-de-plus-en-plus-en-regardant-la-television_1322995_651865.html j'ai l'image mentale d'un surfeur californien en train de regarder la télé sur sa planche de surf.

Mais comme je suis archi nul en dessin, je vous laisse l'imaginer tous seuls. Et toc.

lundi, mars 1 2010

Vélum, Hal Duncan, deuxième

J'y arrive pas.

Je reste persuadé que c'est un très bon bouquin, bien fichu et tout, c'est juste que je n'accroche pas. Du tout. Au bout de deux semaines j'en suis péniblement arrivé à un tiers à peine… Je suis sur le point de laisser tomber.

Le reste de ce message concerne, donc, le premier tiers du livre (c'est-à-dire moins de 17% du total, puisque l'histoire de Vélum se termine dans Encre.)

De quoi ça parle ? D'anges et de démons, de dieux et de transcendance. Les unkin sont des humains de base qui ont appris à utiliser la langue du Livre de Toutes les Heures pour contrôler, sortir de la réalité. Le temps et l'espace sont pour eux des choses très relatives ; la causalité, un débris tout à fait dispensable. Les unkin sont, globalement, regroupés dans deux camps : le Covenant (les anges) et les Sovereign (les démons). Une guerre entre les deux semble inéluctable, aussi chaque camp traque les non-alignés pour les recruter, ou éventuellement s'en débarrasser, histoire qu'ils ne rejoignent pas ceux d'en face.

Au-delà de ça, est le Vélum, plus ou moins la clôture des réalités possibles (l'ensemble de tout, si l'on veut.) Les unkin ont la possibilté de voyager dans le temps et l'espace, mais également dans le Vélum, atteindre un univers où ils sont quelqu'un d'autre, etc. En fait, les unkin ne sont qu'une instance d'un archétype ; en voyageant dans le Vélum ils se rapprochent de leur archétype, quitte à perdre en route leur individualité de départ.

La structure du bouquin suit le monde dans lequel il est situé. C'est non linéaire, incohérent, on passe d'une époque à l'autre et d'une facette d'un personnage à l'autre ; ça part dans tous les sens, on passe des légendes sumériennes au cyberespace des années 2020. Au fil des, je n'ose les appeler chapitres, disons plutôt anecdotes, on comprend qu'il s'agit de l'histoire de Phreedom, qui est aussi la déesse Inanna, qui recherche son frère Thomas, qui est aussi Tammuz, qui est aussi Dumuzi, l'époux d'Inanna, qui a quitté notre réalité pour fuir les « agents recruteurs » du Covenant, Metatron en tête.

C'est très bien fait. L'absence de logique interne est très bien justifiée, en fait l'incohérence du récit est cohérente avec ce qui s'y raconte. Les personnages ne subissent pas la temporalité, la narration non plus. Au jeu forcément impossible de rendre compréhensible la transcendance, Hal Duncan propose ici la solution la plus convaincante que j'ai connue.

Mais bon dieu, qu'est-ce que c'est difficile à lire, et lâchons le mot, ennuyeux ! Je suppose que si on est fan des récits mythologiques et du style attenant, on aimera beaucoup. De même, si ce que l'on cherche est un tour de force littéraire, on en trouvera un. Mais si on cherche une histoire prenante, avec des personnages attachants et bien développés[1], du suspense, de la tension, tout ça… Et bien passons notre chemin, on ne trouvera pas cela ici.

Bref, c'est un bouquin pour lequel j'adorerais m'enthousiasmer, mais je n'y arrive pas. En fait, tout en étant parfaitement conscient du tour de force littéraire dont il s'agit, je m'ennuie. Et je m'endors, ou je passe à autre chose. Il est rare que je procrastine de la lecture, mais là… pfiou.

Allez, je m'accroche encore jusqu'à la moitié, mais si ça le fait toujours pas je laisse tomber, et j'y reviendrai dans quelques années.

Notes

[1] ben oui, ici leur développement équivaut à une réduction à l'état d'archétypes…

dimanche, février 28 2010

Shades of Grey, Jasper Fforde

Jasper Fforde est un ancien caméraman (enfin, focus puller : c'est plus spécialisé, il ne tient pas la caméra mais fait joujou avec l'objectif) et un grand amateur d'aviation rétro.

Mais s'il est connu, ce n'est pas pour sa brève apparition dans le Making of du Masque de Zorro, mais surtout parce qu'il écrit des livres complètement barges où le monde réel (enfin… un chouïa uchronique quand même) et le monde littéraire (pas St Germain des Prés, non : plutôt le lieu de résidence de gens comme Emma Bovary, Jane Eyre, etc.) se mélangent joyeusement.

Son nouvel opus, Shades of Grey donc, vient de sortir. Et surprise, ça n'a rien à voir.

C'est de la SF post apocalyptique, si l'on veut. On sait qu'une catastrophe est arrivée, mais même les habitants des lieux ne savent que « Quelque Chose est Arrivé ». Certaines des conséquences de ce Quelque Chose sont encore présentes, comme des animaux mutants un peu partout (les cygnes notamment sont devenus de redoutables prédateurs de l'espèce humaine.) En particulier, une forme particulière de daltonisme touche à peu près tout le monde : les gens ne perçoivent plus vraiment les couleurs naturelles ; les plus chanceux n'en voient qu'une ou deux, et très mal avec ça. La hiérarchie sociale s'est construite sur ces perceptions : plus on voit bien les couleurs, plus haut on est placé.

Rajoutez là-dessus un paquet de règles inviolables mais souvent absurdes (il est interdit de fabriquer des cuillères…) et vous obtenez une société pour le moins étrange.

Et ça fait cinq siècles que ça dure.

Le roman parle d'Eddie Russett, un jeune Rouge, qui pour avoir joué un tour à un de ses camarades de classe a reçu comme punition une leçon d'humilité : il doit se rendre dans un petit village à la frontière de la civilisation et y mener un inventaire de toutes les chaises. Ce faisant, il va, comme de bien entendu, découvrir de nombreuses choses qui vont bouleverser sa conception de l'existence.

Ça reste du Fforde. Les amateurs d'humour absurde vont adorer, les autres ne vont rien y comprendre. Le monde est bourré de petits détails tous plus bêtes les uns que les autres.

Mais c'est du Fforde différent. En fait ça n'a pas grand-chose à voir avec le joyeux bordel de Thursday Next. C'est plus sombre, et surtout c'est beaucoup plus typé jeunesse : on a là un roman d'apprentissage, sur le passage à l'âge adulte est le thème principal, avec tout ce que cela implique (premiers amours, premières relations sexuelles, prise de sa place dans la société, explosion des illusions simplificatrices de l'enfance…) D'où un certain malaise : le bouquin est vendu comme adulte, alors qu'il aurait nettement plus sa place dans les étagères « jeunes adultes » à côté de Harry Potter. Je n'ai rien contre la littérature jeunesse, mais j'ai besoin d'être prévenu, pour me mettre dans le bon état d'esprit… parce que bon, la transition entre l'enfance et l'âge adulte, ça fait un moment que ce n'est plus d'actualité pour moi.

Ceci étant, pris comme un jeunesse, c'est très bien.

Autre bémol, un truc qui m'a agacé : Fforde confond couleurs primaires soustractives (cyan - magenta - jaune : ce qu'il faut mettre sur une surface éclairée pour obtenir la couleur que l'on souhaite) et couleurs primaires additives (rouge - vert - bleu : ce que l'œil perçoit.) On a ainsi des gens qui ne voient que le jaune, mais pas le bleu ni le vert, ce qui est une impossibilité physique. C'est très énervant, d'autant plus que je soupçonne que c'est fait exprès pour « coller » aux simplifications que l'on apprend aux enfants à l'école. Le scientifique endormi en moi s'énerve : que l'on n'aille pas expliquer aux enfants des trucs trop compliqués pour eux OK ; qu'on aille leur raconter des trucs complètement faux, là non. D'autant plus que j'estime qu'un ado capable de comprendre le sexe et l'embarras amoureux est largement en mesure de saisir la distinction (surtout à notre époque pleine d'écrans, où le RVB est omniprésent.)

Bref. Pas d'avis tranché. J'ai pris du plaisir à lire ce bouquin, mais nettement moins que d'habitude avec Fforde, sans doute parce que je ne suis pas cœur de cible.

Il est né...

Hej,

Bon, tous les lecteurs de ce blog (s'il y en a encore) le savent déjà, mais Daelf a accouché avant-hier matin (à, techniquement, pas d'heure du matin) d'un très joli petit garçon.

La mère et l'enfant se portent bien, quant à moi je profite de ce qu'elle soit encore à la maternité pour faire un maximum de nuits aussi longues que possibles :-)

dimanche, décembre 13 2009

Bon, et à part ça ?

Pendant le mois qui vient de s'écouler, il y a pas mal de fois où je me suis dit « tiens, je posterais bien ça sur le blog… Ah zut, peux pas. » Maintenant, bien sûr, j'ai oublié de quoi il s'agissait.

Bref. En vrac :

  • Peter Watts, dont j'ai eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pense de ses livres, a été récemment victime de, globalement, la violence policière lors d'un contrôle douanier à la frontière américano-canadienne. Il encourt aujourd'hui jusqu'à deux ans de prison pour, en gros, outrage et rébellion. C'est moche.
  • Je me suis mis au clavier bépo. Si vous ne savez pas ce que c'est, bah, c'est une geekerie de plus sans grande importance. En réalité, c'est surtout un challenge : après une vingtaine d'années de pratique intensive de l'azerty, suis-je encore capable d'apprendre un clavier complètement différent ? En tout cas, je suis arrivé à bout des exercices « standard » de xultypist.
  • J'ai lu un paquet de trucs, bien sûr. À commencer par Madame Bovary, qui manquait à ma culture et que j'ai trouvé fort drôle ; et puis Les confessions d'un automate mangeur d'opium (de Colin et Gaborit), que je n'ai pas trouvé génial du tout… Et d'autres qui ne m'ont pas marqué. Enfin ; là je partage mon temps entre Blanche-Neige et les lance-missiles de C. Dufour (qui manquait aussi à ma culture pour un tas de raisons diverses) et un Solaris dont je dois faire une critique pour il y a six mois.
  • à part ça… Bof ; des choses. Je vais essayer de faire en sorte que ce blog ne devienne pas un énième journal de (futur) papa, parce que ça court un peu les rues. Je vais plutôt conserver le thème original qui en a fait un lieu virtuel aussi unique : écrevisses et science-fiction.

Sorry sorry sorry

Le disque dur a fini par péter complètement.

Heureusement j'avais des sauvegardes, mais il m'a quand même fallu un mois pour me motiver à tout remonter.

Voili voilà, tout remarche. Jusqu'à la prochaine panne.

mercredi, novembre 11 2009

Tales of Monkey Island

Tiens au fait.

Si vous êtes un vieux schnock pour qui un jeu vidéo est un truc tout pixellisé dans lequel Guybrush Threepwood parcourt l'île de Mêlée pour apprendre de nouvelles insultes (you fight like a cow!), vous serez sans doute intéressés par Tales of Monkey Island de Telltale Games, qui a repris non seulement une grosse partie de l'équipe de la grande époque LucasArts (Mike Stemmle, Dave Grossman, Michael Land...) mais également la licence, et en a fait une série en cinq épisodes[1].

Le principe est le même que pour une série télé (une histoire, n épisodes relativement courts avec chacun un début, un milieu et une fin), avec un épisode par mois... Et c'est du bon ! Je viens de finir l'épisode 4, et on sent bien que le prochain est le dernier de la saison. Pour l'instant l'ambiance et l'humour con sont bien conservés, globalement le système de jeu est pas mal (même si je n'aime pas utiliser le clavier pour déplacer Guybrush) et, ben, c'est juste génial.

A 35$US, ça fait quelque chose comme 23 € pour toute la saison, donc un tarif très doux : si comme moi vous avez un souvenir ému de la première fois où vous avez inséré un coton-tige géant dans l'oreille d'une statue de singe, ou si vous déclamez "Le bonheur est un lamantin chaud" à tout bout de champ, il serait idiot de ne pas profiter de l'occasion. Ne serait-ce que parce que le pirate LeChuck, que l'on a connu fantôme, zombie et démon, est ici... Humain !

(Ah et ça tourne parfaitement sur mon PC ultra bas de gamme d'il y a deux ans. Rien à craindre de ce côté-là...)

Notes

[1] Dont quatre sont sortis à ce jour.

Sorry for the inconvenience

Les sites lepcf.org, daelf.fr et fifokaswiti.info ont été inaccessibles entre environ 22h hier soir et 12h aujourd'hui. Essentiellement, une erreur sur le disque dur (relativement vite corrigée une fois que le problème est apparu.)

Un jour quand je serai célèbre et surtout riche, je prendrai une dedibox ou autre système dédié du même type. En attendant, la fiabilité des sites et surtout de Lazare, le serveur, est au mieux aléatoire. Au moins, ce coup-ci, il a eu le bon goût de planter un jour férié, où j'ai pu le réparer facilement ;-)

dimanche, novembre 1 2009

Anathem, Neal Stephenson

Anathem

Voilà un livre qu'il est compliqué de résumer... D'autant que la découverte des tenants et des aboutissants de l'histoire fait partie intégrante du plaisir (immense) de la lecture. Je ferai, peut-être, une deuxième fiche de lecture, pleine de spoilers cette fois-là ; en attendant, je vais parler du monde fascinant dans lequel tout ça se déroule.

Anathem se déroule sur la planète Arbre[1], remarquablement similaire à la Terre en dehors de la simple géographie, et bien sûr de son histoire. Quelque sept mille ans avant que le roman ne démarre, la science et la religion divorcent quand les deux filles de Cnoüs[2] divergent dans leur interprétation de la vision de leur père, qui leur a affirmé avoir vu dans le ciel un triangle isocèle venu d'un monde parfait : Deät en déduit qu'il a vu le Paradis et Dieu ; Hyleae préfère inférer l'existence qu'un univers d'idées pures dont nos perceptions ne sont qu'un piètre reflet[3]. La messe est dite, les adeptes de Deät (les Déolâtres) et ceux d'Hyleae (les Physiologues), globalement, suivront chacun leur chemin.

Cette séparation de la croyance et de la raison, ou plutôt de l'acceptation inconditionnelle et du rationalisme, disons, cartésien[4], est le thème central, voire le point d'entrée d'Anathem. Pour le reste, la chronologie est à peu près compatible avec la nôtre : un âge d'or de la philosophie gréco-romaine, une période barbare pendant laquelle les savants sont cloîtrés[5], une Renaissance[6] et une période technologique.

Et là on entre dans l'anticipation : six cent ans après la Renaissance, l'Ère Technologique se termine par des Terribles Événements dont on ignore la nature, mais qui sont suffisants pour refonder la société selon le principe de la séparation stricte de la société séculière (le Sæculum) et des scientifiques, désormais enfermés dans des maths.

Un math est une petite communauté de penseurs, qui jurent de n'avoir aucun contact avec le Sæculum jusqu'à la prochaine ouverture des portes, l'Apert. Selon le math, ça peut être une fois par an, une fois tous les dix ans, une fois tous les cent ans, ou une fois tous les mille ans. Les maths, typiquement de périodes différentes, sont regroupés en concents. Un concent typique a ainsi un math annuel, un décennaire, voire un centenaire ; les gros concents rajoutent un millénaire. Pour des raisons évidentes qui concernent surtout les maths centenaires et millénaires, il existe des mécanismes pour apporter des nouvelles recrues sans attendre d'Apert.

Pendant les trois mille ans qui suivent, trois Sacs ont lieu pendant lesquels le monde mathique a été dévasté et à la suite desquels leurs règles ont été renforcées : interdiction d'utiliser des "machines syntaxiques" (des ordinateurs) et création d'une caste d'intouchables chargés de garder en fonctionnement les divers systèmes informatiques des concents[7] et du Sæculum[8] ; interdiction des manipulations génétiques ; style de vie plus austère et création d'une Inquisition chargée de contrôler l'application de la Discipline.

Bref. Fast-forward : notre histoire débute quelques jours avant l'Apert (annuel et décennaire) de l'an 3690 après la Refondation. Notre narrateur est fraa Erasmas, un jeune décennaire d'un peu moins de vingt ans, entré au math dix ans avant, qui étudie sous fraa Orolo, l'un des cosmographes (astronomes) les plus réputés du concent de Saunt[9] Edhar. La vie mathique ronronne tranquillement à son rythme (lent) habituel, mais petit à petit des événements extraordinaires ont lieu, à commencer par la fermeture de l'observatoire de Saunt Edhar par l'Inquisition.

Et là, je n'en dis pas plus. Comme je disais en introduction, moins on en sait et plus on prend de plaisir à découvrir de quoi il est question dans tout ça.

Anathem est un pavé. Pas loin de mille pages, un million huit cent mille signes pour ceux qui comptent ainsi : ce n'est pas un roman que l'on lit à la légère, y compris au sens littéral (il faut accepter de se trimballer un bloc de bois de taille et de poids considérable). Au niveau intellectuel, c'est riche et foisonnant, vous l'aurez compris ; il faut s'intéresser un peu à l'histoire des sciences et à la philosophie pour apprécier certains éléments[10], mais je doute que ça soit indispensable du moment qu'on ne soit pas totalement hermétique à ce type de choses. Il y a bien d'autres choses : de la réflexion, de l'humanité, de l'action, de la bravoure, des discours sur la nature de l'espace-temps, des arts martiaux, de l'agriculture fort peu intensive, beaucoup de geekerie, de la mécanique orbitale, du romantisme...

Tout cela est bien difficile à résumer. Il est sûr que d'aucuns reprocheront à Stephenson de s'éparpiller et d'avoir fait un roman trop long (le directeur de la plus réputée des collections de SF en France a d'ailleurs traité le roman d'illisible, mais je suspecte que c'est parce qu'il était frustré qu'un concurrent disons, moins réputé[11], ait fait main basse sur les droits de traduction.) Il est vrai qu'au début, il ne se passe pas grand-chose ; c'est qu'il faut de l'exposition, et le point de vue unique d'un avout décennaire, pour qui passer trois ou quatre mois sur un calcul de mécanique orbitale est tout à fait naturel, n'aide pas à dynamiser les premières pages du récit.

Pour autant, j'ai été fasciné de bout en bout, ne serait-ce que par l'impressionnant décalage entre les maths et le Sæculum. La coexistence pacifique entre des savants en toges qui parlent grec ancien (pardon : orth) et des businessmen industrieux accrochés à leurs téléphones portables est un concept pour le moins intriguant. Quant au rythme du récit, rassurez-vous, il s'accélère assez vite (quelques centaines de pages quand même), au point qu'une fois le point milieu passé, il est difficile de s'arracher au roman.

Bref : allez-y. C'est une lecture ardue, mais qui vaut largement le coup.

Notes

[1] Prononcez comme le machin vertical avec un tronc et des feuilles. Dans la préface, Stephenson conseille de demander la prononciation à un Français.

[2] Prononcez Kno-ous. On remarque ici que la passion de Stephenson pour les diérèses (comme dans coördinates ou reëstablish) est restée intacte depuis le Cycle Baroque.

[3] Les philosophes reconnaîtront là la Théorie des Formes de Platon.

[4] Si Descartes l'inventeur de la géométrie analytique trouve son équivalent arbran en Saunt Lesper, celui du Discours de la méthode correspond plus à Diax, qui a chassé les numérologues du Temple. Entre ça et son influence sur la pensée mathique (on y reviendra), Diax est ce qui se rapproche le plus chez les penseurs de la figure de Jésus-Christ. Bref, Descartes est Jésus !

[5] La grosse différence étant que chez nous, les savants et les religieux étaient les mêmes personnes ; sur Arbre, il y avait deux systèmes monastiques parallèles, un pour les prieurs et un – les maths – pour les penseurs. Pour faire écho à la note précédente, le système mathique a été fondé par une certaine Cartas, ce qui fait qu'on l'appelle le système... cartasien.

[6] Littéralement.

[7] Notamment, mais pas uniquement, les sous-systèmes des Horloges, qui fonctionnent sans discontinuer et marquent l'ouverture des portes lors des Aperts.

[8] Typiquement, le Reticulum, équivalent d'Internet.

[9] Déformation de Savant ; titre honorifique donné à titre posthume aux scientifiques les plus marquants de leur époque.

[10] Je me suis pas mal amusé à faire les correspondances entre les théors arbrans et leurs équivalents terriens ; d'ailleurs j'ai regretté que si on a un Pythagore, il manque Thalès.

[11] Bragelonne pour ne pas le nommer ; la version française est "à paraître", je suppose en 2010.

dimanche, octobre 18 2009

Blanche-Neige contre Merlin l'Enchanteur, Catherine Dufour

Il n'aura pas échappé à mes lecteurs, tous autant qu'ils sont (trois ou quatre), que je voue une admiration presque sans bornes à Catherine Dufour. Admiration qui est née d'un fait bien simple : la dame a un sacré sens de l'humour, et un sens de la formule fort percutant. Tout bêtement, lire du Dufour est une expérience très agréable pour peu qu'on ait l'esprit un chouïa mal placé.

Bref. Ceci étant dit, enfin, qu'est-ce donc que ce Blanche-Neige-là ?

C'est en fait la deuxième partie de la réédition au Livre de Poche de la série Quand les dieux buvaient, autrefois parue chez Nestiveqnen en quatre tomes numérotés 1, 2, 3 et 0 ; au LdP, on a droit juste à une "Première partie" (tomes 1 et 2) et une "Deuxième partie" (tomes 3 et 0). Ce sont donc en fait deux romans qu'on a ici : Merlin l'ange chanteur, et L'immortalité moins six minutes.

Merlin l'ange chanteur

Difficile à résumer. Disons que c'est la biographie d'une paire d'anges, un archange nommé Merlin et un angelot nommé l'Angelot, entre un peu avant le cataclysme où la Terre est devenue ronde[1] et l'an, quoi, 2500 ? À peu près. L'Archange est un salaud, un vrai : égocentrique et égoïste, entièrement dédié à son propre plaisir. Ce qui est un peu gênant à partir du moment où il se rend compte que ce qui se rapproche le plus de l'orgasme, pour lui, c'est les décharges de Foi brisée, si possible rehaussée du sang de la victime. Sans ça, il dépérit. Toute sa vie (et un ange, ça vit longtemps) il va donc faire en sorte de favoriser les atrocités religieuses.

Ne cherchez pas plus loin : le Merlin d'Arthur, qui a imposé le monothéisme en Bretagne, c'est lui. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, c'est lui. Les guerres de religion ? Ne cherchez pas plus loin.

L'Angelot est son acolyte passif et vaguement dégoûté ; suiveur parce qu'il faut bien vivre, dégoûté par lui-même et par l'Archange.

Les deux premiers tiers du bouquin sont donc un roman historique. Une relecture assez orientée de l'histoire, de France surtout mais pas uniquement. A priori c'est plutôt fidèle aux faits ; je ne suis pas assez au fait de ces périodes-là pour détecter d'incohérences (dans la postface, Dufour en mentionne quelques-unes à titre de mea culpa). Au fond, c'est génial, surtout quand on aime l'humour noir.

Le dernier tiers sert à raccrocher aux tomes précédents (Blanche-Neige et les Lance-missiles et L'ivresse des providers). On y retrouve donc l'Ankou, Blanche-Neige, Evariste Galois et Onésiphore, ainsi que de nouveaux personnages qui, en l'an 2500, alors que la Terre inhabitable est inhabitée[2], descendent de leurs stations orbitales pour étudier un étrange phénomène de vampirisme dans les Carpathes.

Bon, ben... C'est joliment écrit, et puis faut bien de la continuité, mais... on se demande un peu quel est le but de tout cela ; et au terme de la lecture, on se dit que la partie futuriste n'était peut-être pas franchement nécessaire. Il est vrai que le roman, tel qu'il est construit, était difficile à achever.

L'immortalité moins six minutes

Ce titre est génial.

À part ça, c'est le tome zéro de la série ; une préquelle donc, quand la Terre était crêpiforme et toute infusée de magie. Suite à une querelle amoureuse entre une fée et un elfe noir, une paire de fées (copines de la première ; ce sont Pétrol'Kiwi et Pimprenouche, vues dans les trois tomes précé-... euh... suiv-... postprécédents ?) se retrouvent embrigadées bien malgré elles dans une quête épique, sise au pays de Bas-Bord, un monde réac paumé entre l'Ether et le Sub-Ether, un peu de côté. Connu pour ses volcans et ses champs de ruines, et ses traditions franchement lourdingues de chants et de poésies dans des langues rappelant le finnois et le gallois. En chemin, elles croisent un quarteron de nains aux pieds poilus qu'accompagnent une paire d'humains, un elfe des bois et un nain à la barbe tressée, de toute évidence lancée dans leur propre quête. Elles raisonnent alors, fort logiquement, qu'elles peuvent les laisser faire le sale boulot et se contenter de les suivre ; vivre leur quête par procuration, en fait.

On l'aura compris, il s'agit d'une parodie du Seigneur des Anneaux ; surtout le film, en fait. Catherine Dufour explique dans la postface qu'elle a eu envie d'écrire ce bouquin quand elle s'est rendue compte que dès que les hobbits du film faisaient la cuisine, quelque chose d'horrible leur arrivait et ils étaient obligés de partir en courant ; elle a donc imaginé que des fées les suivaient et bouffaient les saucisses.

C'est bizarre. Quand j'ai lu ce bouquin pour la première fois, j'en suis sorti avec une impression assez mitigée. J'avais beaucoup ri, bien sûr : ça, c'est un acquis avec cet auteur. Pour autant, la construction du roman m'avait paru déséquilibrée, entre un gros quart introductif, une partie du milieu sur la Terre d'icelle, et un dernier quart de conclusion déprimée. Cette critique est toujours valide ; quelque part, on a une partie parodique trop longue pour un roman qui parle d'autre chose, et trop courte pour un roman franchement parodique. Ceci étant, ça ne m'a pas gêné à la relecture, au contraire : connaissant l'histoire générale, ses avantages et ses défauts, ça m'a permis d'apprécier nettement plus la forme, les gags bêtes (et dieu sait qu'ils le sont), et l'atmosphère de tension fataliste qui ronge les sangs des protagonistes. Passée la déception initiale, on est bien obligé d'admettre qu'on est là devant un très bon roman, nettement moins guilleret que les trois autres de la série et pourtant sensiblement plus drôle.

Notes

[1] Quand Dieu s'est mis à boire.

[2] Ben tiens.

dimanche, septembre 27 2009

The Yiddish Policemen's Union, Michael Chabon

En français, ça s'appelle Le club des policiers yiddish.

C'est un bouquin dont tout le monde a beaucoup parlé ; il a notamment eu le Hugo de l'année dernière. Donc, sans trop savoir de quoi il s'agissait, hop, je l'ai acheté.

Bon.

Ben, c'est un polar. Avec un flic dysfonctionnel accroc au tabac et à l'alcool, divorcé, obsédé par son travail, autrefois très doué mais aujourd'hui tellement engagé sur la mauvaise pente qu'il ne se souvient plus du plateau. Le tout se déroule essentiellement de nuit, il fait froid, et tout le monde est pourri.

Ben, comment dire, ce genre de bouquin, c'est pas mon truc. Ça m'ennuie plus qu'autre chose, et oui, je suis conscient que c'est faire preuve de manque d'ouverture d'esprit, tout ça tout ça.

Sinon, le concept est sympa : ça se passe dans un univers uchronique où l'établissement de l'état d'Israël n'a pas pris. Du coup, les Juifs qui quittaient massivement l'Europe (et l'Afrique du Nord, etc.) se sont retrouvés le bec dans l'eau jusqu'à ce que le gouvernement américain leur « prête » un bout de territoire en Alaska, autour du village de Sitka. En attendant mieux, et avec une date limite. Cette date approche, justement, tout le monde à Sitka (devenue une grande métropole) se préoccupe d'émigrer ou d'obtenir un permis de séjour en Alaska, les bureaucrates se soucient du transfert des affaires en cours... Et un jeune héroïnomane se fait exécuter dans un hôtel miteux. Pour Meyer Landsman, détective, c'est l'affaire de trop, surtout que cet hôtel miteux est l'endroit où il habite depuis son divorce.

C'est bien écrit. Chabon a un style assez riche, et emprunte ici beaucoup de locutions yiddish. L'atmosphère de fin du monde, entre le froid de l'Alaska et l'imminence de la Réversion, est très bien rendue, tout comme les interactions entre les différentes factions juives (surtout les modernes et les intégristes).

Tout ça n'a pas suffi à m'intéresser à l'histoire, mais que cela ne vous détourne pas du roman ; pour peu que vous aimiez les histoires de policiers durs à cuire et pourtant fragiles, vous allez adorer.

samedi, septembre 19 2009

District 9

(Je mets ça dans la catégorie "critiques et bouquins" parce que c'est, vaguement, une critique. Mais pas un bouquin.)

Bon. On a vu ce matin le film de SF dont tout le monde parle en ce moment (et dont la bande-annonce / teaser a eu un bel effet de surprise sur moi).

Ben, c'est bien. C'est même très bien.

Alors, on peut critiquer : le scénario est parfois téléphoné, certaines péripéties font plus cliché tu meurs, certaines idées sont des poncifs de la SF cheap[1] ; et la fin tourne à la baston bourrine, à l'opposé du traitement initial (en gros, les humains qui maltraitent les E.T., c'est mal ; les humains et les E.T. qui se foutent sur la tronche, c'est mieux.)

Mais on s'en fout, pour quatre raisons :

  1. l'idée de base est chouette ;
  2. c'est bien réalisé ;
  3. le personnage principal est génial ;
  4. l'intertextualité.

Dans l'ordre :

L'idée de base

Les extraterrestres parqués par des humains, le côté retournement de situation, on a déjà vu mais pas très souvent. Placer ça à Johannesburg dans les années 1980 (pour l'arrivée des E.T.), j'avais pas vu avant. Du coup, on a une société (en 2000 et des brouettes) sud-africaine qui a aboli l'apartheid entre noirs et blancs, mais qui le conserve entre humains et extra-terrestres. De fait, les humains sont des gros salauds qui rigolent en entendant le "pop" des oeufs d'E.T. qui explosent quand on les passe au lance-flammes.

C'est bien réalisé

Bah oui. Visuellement c'est plein de détails sympa, l'alternance entre les scènes "caméra à l'épaule" de documentaire et celles "standard" de film de fiction est bien gérée et dynamise franchement le tout. Rien à dire.

Le personnage principal

... est un connard doublé d'un imbécile, un pleutre qui se réfugie dans la bureaucratie. Et il le reste. Même quand l'armée se retourne contre lui, quand il est chassé jusque dans le District 9. C'est lui qui rigole en entendant le "pop" des avortements aliens. Plus tard il se prend d'amitié pour un E.T., mais uniquement parce qu'il n'a pas le choix (c'est la seule créature vivante sur terre qui veut bien de lui.) Bref, l'antihéros par excellence, qui est du reste bien joué.

L'intertextualité

Enfin, c'est comme ça qu'on appelle le procédé en littérature. Au cinéma ça doit avoir un autre nom. C'est le principe de faire des références (textuelles, stylistiques, etc.) à un corpus d'autres textes (oeuvres, pamphlets, articles de journaux, etc.) qui constituent la culture générale du lecteur. C'est la raison pour laquelle les oeuvres anciennes sont plus difficiles à lire que les modernes, au passage.

Un peu comme dans Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron (excellentissime), là, il y en a plein. Les scènes, les personnages, la colorimétrie sont faits pour évoquer des souvenirs à moitié inconscients chez le spectateur : les townships, l'apartheid, Obasanjo[2], l'aspect "documentaire" (y compris dans l'étalonnage des couleurs), les sons et les couleurs de l'Afrique du Sud... Bref, c'est un film qui est ancré dans ce que l'imaginaire collectif comprend du réel, et ça prend aux tripes.

Bref

C'est du bon. Pas parfait, mais très bon.

(Sinon, c'est moi, ou il y a de fortes similitudes entre le design des armes et, généralement, les scènes de combats, et certains jeux vidéos, notamment Half-Life[3] ?)

Notes

[1] Le fluide magique qui, oh miracle, hybride l'humain en alien ! C'est digne du venin transgéniques des araignées de Spider-Man. Même l'hybride bizarre d'Alien 4 est plus original, c'est dire.

[2] Le chef des brigands nigérians, homonyme d'un récent dictateur au Nigéria, justement.

[3] Oui, mes références datent, c'est normal.

- page 1 de 10