Fifokaswiti

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi, septembre 15 2009

Réforme constitutionnelle

Vous avez sans doute entendu parler de cette « erreur matérielle[1] » qui fait que la loi ne permet plus de dissoudre l'Église de Scientologie. Sinon, allez jeter un coup d'œil chez Eolas, il en parle bien mieux que moi.

En clair, les députés et les sénateurs ont voté un texte nocif, sans avoir pris le temps d'en débattre ou même de le lire. L'auteur de la loi ne savait probablement pas ce qu'il y avait dedans. En d'autres termes, les parlementaires n'ont tout simplement pas fait leur travail.

Bref. Pour « simplifier » tout ça, je propose d'adapter notre belle Constitution pour qu'elle reflète mieux la réalité de la démocratie française en ce début de XXIème siècle. Cette réforme tient en deux articles :

— Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, pendant lesquels il dispose des pleins pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires.

— Les bâtiments de l'Assemblée Nationale et du Sénat appartiennent au patrimoine national et constituent les deux pôles d'un grand Musée National de la Démocratie pour l'instruction des générations futures quant aux errements de la construction démocratique de la nation française.

En plus, fermer le parlement (et mettre à la porte les juges) fera économiser des sous, qui pourront être utilement consacrés à l'équipement des personnels des ministères en Rolex.

Notes

[1] © 2009 Michèle Alliot-Marie

dimanche, septembre 13 2009

L'ogre Internet revient

Pfff... Vous avez sans doute entendu parler de la petite phrase de Brice Hortefeux (sinon, allez faire un tour sur Google News.)

Ce qui me désole, c'est quand on en arrive là : la majorité met en cause Internet dans l'affaire Hortefeux. Autrement dit, d'après l'UMP, s'il n'y avait pas eu Internet, il n'y aurait pas eu de polémique.

Ben oui.

So what ?

Qu'est-ce qu'ils essaient de dire, au fond ? Que c'est encore la faute à l'absence de censure gouvernementale sur un espace de liberté d'information si on pointe du doigt l'humour douteux d'un ministre ? Ben oui, où est le problème ?[1]

Ah oui. Le problème, c'est qu'Internet est un espace de liberté uniquement s'il est contrôlé par la censure d'état. J'avais oublié. Je suis bête, des fois.

Notes

[1] Perso, j'aurais tendance à dire que le problème, c'est que l'opposition s'excite là-dessus alors qu'il y a tout plein de sujets nettement plus fondamentaux sur lesquels on ne l'entend guère. Mais bon, c'est juste moi, hein.

Le Cafard, le Rat et le Pigeon

Comme chacun sait, le rat est un pigeon sans ailes, c'est-à-dire un nuisible omniprésent dans les environnements urbains. Qui ne vole pas, enfin, en dehors des garde-mangers. Quant au cafard, c'est à peu près la même chose, avec une paire de pattes supplémentaire : une bestiole plutôt grégaire, sympathique quoi, à qui l'on a fait beaucoup de mauvaise presse à cause de ses habitudes alimentaires et son respect disons discutable envers l'hygiène corporelle (eh oui, quand on a six pattes, il vaut mieux mettre du déodorant. Ce que ne fait jamais le cafard moyen. Berk !)

Il est bien connu que la meilleure façon de tuer un rat est de le tuer lentement. Pas seulement pour des raisons de cruauté sadique, même si ça compte forcément beaucoup : c'est surtout que le rat, comme le cafard d'ailleurs, a tendance à se méfier des macchabées, et à fuir comme le choléra[1] les lieux où se trouvent des cadavres de ses congénères.

Ce qui ne peut avoir qu'une seule explication : le rat vivant a peur du rat zombi. On peut le comprendre, c'est moche cette bête-là :

Eh bien figurez-vous que le cafard, globalement, c'est pareil ! Un cafard vivant attire les autres cafards, un cafard mort les repousse. On en déduit que si vous avez des cafards chez vous, laissez-en des morts un peu partout, dans la cuisine, dans la salle de bain au milieu des tubes de crème et de dentifrice, etc. : c'est décoratif[2] et il n'y a rien de tel qu'un cafard cosmétique pour dégoûter les blattoptères[3].

Bref. Vous devez vous demander où je veux en venir. Cette interrogation m'est également, je l'avoue, passée par l'esprit.

Revenons donc au pigeon biset, voire au bête pigeon de ville, souvent surnommé le rat volant[4]. On pourrait penser que le même mécanisme de crainte du zombi marcherait ; mais non ! D'après la fontaine de toute connaissance que l'on appelle vulgairement Wikipédia, les pigeons urbains nichent joyeusement au milieu des cadavres[5], et de préférence à proximité de points d'eau, comme une citerne par exemple.

On en déduit deux choses :

  1. Le pigeon urbain est l'animal le plus crétin de la création. Même un cafard est plus intelligent !
  2. Si on veut se débarrasser des pigeons en ville, on peut :
  • Invoquer une horde de pigeons zombis. Les colombidés vivants ne s'en méfient pas, sans doute parce qu'ils n'en ont jamais vu, et se feront rapidement dépecer. Une fois les pigeons tous zombifiés, ils mourront rapidement de faim (faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à manger dans un cerveau de tourterelle.) ; ou :
  • Déverser des doses importantes de cyanure dans toutes les citernes de la ville. Cela peut avoir des effets secondaires indésirables sur la santé des humains alentours, mais on ne fait pas d'omelette dans casser quelques œufs.

Notes

[1] Parce que le rat et la peste font bon ménage...

[2] Du moins, ça aurait sa place dans certains musées d'art contemporain.

[3] En fait, ce serait le parfum des blattes mortes qui en éloignerait les vivantes. On en revient donc au déodorant !

[4] À ne pas confondre avec l'écureuil volant, qui est une toute autre sorte de bestiole.

[5] Lire la fin du paragraphe « Nesting. » Il n'y a pas de page francophone sur le pigeon de ville, curieusement ; serait-ce que l'on considère le pigeon parisien comme moins notable que son homologue londonien ?

Lectures du moment et du futur proche

Là, je lis Le club des policiers yiddish de Michael Chabon[1]. C'est pas mal, mais j'ai un peu de mal à accrocher parce que globalement, le polar / roman noir n'a jamais vraiment été ma tasse de thé. Enfin ; un monde où Israël s'est fait bouter hors de Palestine par les Arabes en 1948 est loin d'être inintéressant.

Après, je vais sans doute m'attaquer à Anathem de Neal Stephenson. Ou à La bibliothèque nomédienne. Ou à Galactic North d'Alastair Reynolds. Ou à Someone comes to town, someone leaves town de Cory Doctorow. Et puis faut que je reprenne / finisse Le diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez, pareil pour Solaris 171, et puis et puis et puis...

« Too many books, too little time » est, je crois, le dicton approprié.

Notes

[1] je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression persistante qu'il manque un « m » dans le nom de ce monsieur.

samedi, septembre 12 2009

Fini le papier peint !

... enfin, dans la petite chambre. Reste la grande.

vendredi, septembre 11 2009

Turing réhabilité

Enfin, réhabilité... C'est en Angleterre, un pays où le Premier Ministre[1] ne peut pas aisément gracier un condamné, même à titre posthume. Il peut, par contre, présenter des excuses officielles au nom du Royaume-Uni. Et c'est ce qui vient de se passer, comme décrit sur le site de la BBC.

Bref.

Alan Turing est un peu une sorte de héros pour les informaticiens[2]. En réalité, c'était un mathématicien génial, connu pour avoir décrypté le code Enigma utilisé par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, et pour avoir contribué à (ce qui ne s'appelait pas encore) la théorie de l'information[3] et surtout pour avoir posé les bases théoriques et pratiques de l'informatique moderne. On reconnaît par exemple la "machine de Turing" (une construction de l'esprit qui préfigure l'informatique, sur lesquels tout algorithme peut être implémenté), les langages "Turing-complets" (qui permettent de simuler une machine de Turing), et bien sûr le "test de Turing" qui est l'un des critères les plus classiques pour évaluer une intelligence artificielle.

Le problème, c'est que le monsieur était homosexuel, à une époque où c'était un crime. Il fut donc condamné en 1952 pour "indécence manifeste" ; son habilitation à travailler sur des sujets confidentiels défense lui fut retiré ; il fut castré chimiquement (pour éviter qu'il ne retourne pervertir d'autres hommes...) Ne pouvant supporter l'humiliation, surtout professionnelle, il s'est suicidé en 1954.

Tout ça pour dire que c'est plutôt une bonne chose. Les gens à l'origine de la pétition[4] à l'origine de sa réhabilitation demandent maintenant qu'il soit nommé chevalier à titre posthume. On ne peut que leur souhaiter autant de succès.

Notes

[1] Un Écossais, d'ailleurs, à l'heure actuelle.

[2] Et de là, un des héros de Cryptonomicon de Neal Stephenson, bouquin geek par excellence.

[3] En toute rigueur, la théorie de l'information en tant que branche des mathématiques « date » d'un article de Claude Shannon paru en 1948. Les travaux de Turing sur Enigma y ont contribué un certain nombre de concepts.

[4] Déposée, comme il se doit pour l'un des inventeurs de l'informatique, sur le site web du Premier Ministre britannique.

La fin d'une époque

Jusqu'à cet été, à côté de chez nous, il y avait l'enseigne la plus kitchouille de l'univers : Poupette.car, un concessionnaire de voiturettes sans permis en plastique et rondouillardes, très kawaï diront les jeunes.

Hélas, la vitrine s'est vidée cet été, et maintenant il y a un gros panneau « Local disponible ».

Faut vraiment que j'aille photographier la devanture un de ces jours, tant qu'elle existe, parce que quand même, quoi, « Poupette.car » bon sang !

jeudi, septembre 10 2009

Révélations

Le Monde se sent obligé de faire un long article sur le fait que "tout ce qu'on lit sur Twitter n'est pas vrai".

Bah oui tiens. Et pour une autre découverte révolutionnaire, à peine plus compliquée : prenez de l'eau, laissez-la à température ambiante pendant une heure ou deux, et hop, quelque chose de mouillé et de ni chaud ni froid, que je vais appeler (roulement de tambours) : l'eau tiède.

Blague à part, ça sent le réflexe épidermique de la part d'un journal de référence : sous-entendu "ce que vous lisez sur le Monde, ça, oui, c'est vrai[1], on vous le jure."

Surtout, ce qui m'irrite, c'est la prise à partie, l'instruction à charge : mais que font donc ces irresponsables de dirigeants de Twitter pour assurer la véracité de ce qui y est écrit ?

Mais bordel, ils n'ont pas à le faire ! Pour moi, le fait de pouvoir raconter des conneries et de mentir en ligne, c'est une des libertés fondamentales sur le web.

Allez. Je me calme.

A part ça, hier j'étais de passage à Saskatoon et j'y ai vu un ours polaire en train de manger une petite fille avec des couettes. Un véritable scandale ! Les couettes devraient être prohibées, je vais en parler à Sarokzy[2] la prochaine fois que je dînerai avec lui à Téhéran.

Notes

[1] à défaut d'être toujours très intelligent. On fait ce qu'on peut.

[2] Il n'y a pas de faute : c'est le président du Saskatchewan. Je vous jure.

mercredi, septembre 9 2009

Qu'il est dur de trouver une heuristique de gravité de répétitions

Tout à l'heure j'ai bidouillé mon détecteur de répétitions, pour en améliorer la détection de gravité.

Initialement, ça regardait le nombre d'instances d'une répétition divisé par l'écart-type de leurs distances de proche en proche, le tout écrété à 1.0 pour pouvoir faire des traitements simples dessus. Ce n'est pas bête, en gros plus on répète un terme de façon "en moyenne" proche, plus la répétition est grave.

J'avais pris un écart-type plutôt qu'une moyenne pour diminuer l'importance des points éloignés : si je dis "quelque chose bla bla quelque chose longtemps je me suis levé de bonne heure et c'était une bonne chose", la répétition "chose" contient trois occurrences dont deux très rapprochées et une assez lointaine : l'écart-type est plus petit que la moyenne et donc la répétition est plus grave.

Il y a trois problèmes avec cette fonction :

  • la dispersion des données est pourrie (en gros, les valeurs sont concentrées autour de 0), ce qui rend la valeur peu lisible (et me force à faire un traitement d'amplification pour la tranche basse au moment de la colorisation)
  • sur le même texte, on calcule que la répétition de "quelque" est plus grave que celle de "chose", alors que c'est intuitivement le contraire.
  • l'écrétage est violent : en pratique la formule avant écrétage fournit des valeurs entre 0 et, disons, 10 (expérimentalement sur une note de ce blog où j'use et abuse du mot "plus", je tombe à 8,5). Les valeurs sont essentiellement concentrées entre 0 et 1, mais tout ce qui est au-delà de 1 (donc les plus graves des répétitions) ne peut pas être comparé.

Si on utilise le minimum des distances plutôt que l'écart-type, on résoud le deuxième problème mais on accentue le troisième : dans mon exemple de tout à l'heure, les deux répétitions sur "quelque" et "chose" sont jugées extrêmement graves (à 1.0) et identiques, alors que celle sur "chose" est plus grave que celle sur "quelque".

Après quelques tâtonnements, je suis arrivé à : log15(20*(nombre/min(distance)) + 1)/2 en écrétant à 0 et à 1. C'est nettement mieux, mais je suis sûr qu'il y a moyen d'aller encore plus loin.

Ah, et j'ai changé l'algorithme de coloriage. Là où ça faisait bleu > vert > rouge, maintenant ça fait vert > jaune-orange > rouge. L'intensité du jaune / orange est la clé de la catégorie médiane (en gros, plus c'est orange "mûr" plus c'est grave).

Comme toujours l'application est accessible ici : http://fifokaswiti.info/pleo/pleo.p... et le code source, là : http://fifokaswiti.info/pleo.py.

mardi, septembre 8 2009

Starfish, Maelstrom, Behemoth, Peter Watts

Pfioulàlà, il est compliqué de résumer ces trois bouquins.

Sachez en tout premier lieu que l'auteur vous invite à les télécharger sur son site[1], et même à en faire ce que vous voulez (licence CC-BY-NC-SA). À ma connaissance, ils n'existent pas en français — tiens d'ailleurs, ça pourrait être un exercice intéressant à faire à l'occasion. Un Nanotramo pour remplacer le Nanowrimo ?

Bref.

Attention : ne lisez pas les résumés de Maelstrom et Behemoth si vous ne souhaitez pas avoir un (léger) spoiler sur la fin de Starfish

Starfish

Nous sommes en 2050. Le monde est gouverné plus par les corporations transnationales que par des états qui sont, globalement, obsolètes. Si tant est qu'il y en ait une, la principale puissance économique du monde est le Québec indépendant, dont la richesse est assurée par ses exportations d'énergie hydroélectrique.

Le monde est en plein dans le plus fort de la crise énergétique et environnementale que nous abordons tout juste. Le Gulf Stream s'est interrompu, la température a baissé de 20 degrés en Europe alors que le reste du monde est en pleine désertification ; l'énergie est devenue un bien rare, les blackouts et brownouts étant de plus en plus fréquents en Amérique.

Pour s'assurer un peu d'indépendance vis-à-vis du Québec, la corporation N'AmPac (North America Pacific) a mis en œuvre un plan ambitieux qui consiste à installer des centrales géothermiques dans la faille Juan de Fuca, au nord-est du Pacifique, à trois kilomètres sous la surface. Milieu extrêmement inhospitalier : entre le fait qu'il s'agisse de la zone géologique la plus active du monde (25 cm / an de divergence), ce qui cause de multiples éruptions de lave et de gaz, des tremblements de terre, des éjection d'eau bouillante (et plus : à 3000 m de profondeur, l'eau reste liquide bien au-delà de 100°C), et la faune locale (des poissons bioluminescents, prédateurs féroces curieusement atteints de gigantisme), il s'agit d'un tour de force technique que d'y installer une centrale.

Comme l'automatisation a ses limites, ils ont recruté des gens, les rifters, des cyborgs spécialement adaptés à la vie au niveau du rift : des implants complexes dans leur poitrine (en remplacement d'un poumon) leur permet d'expulser toute trace de gaz de leur corps et de respirer sous l'eau (par électrolyse). Et, accessoirement, de compenser les effets de la pression (300 atmosphères quand même) sur leur système nerveux.

Il n'y a plus qu'à trouver des gens qui sont, psychologiquement, prêts à vivre plusieurs années dans le noir et la solitude, dans un environnement pareil.

Peut-être les plus adaptés sont ceux qui n'ont rien à perdre, les déviants de la société humaine ?

Un peu comme dans Blindsight du même auteur, Starfish met un peu longtemps à se mettre en place, et maintient le suspense quant au sujet réel du roman, que l'on ne découvre que dans les cent dernières pages. Mais ce n'est pas grave. Les chapitres qui précèdent sont passionnants, qu'il s'agisse des techniques d'exploration, de la prospective politique et économique, ou de l'étude psychologique que l'on peut, simplement, résumer en : « mettez une demi-douzaine d'asociaux divers (pédophiles, ex-enfants maltraités et abusés, violeurs, personnages violents, victimes professionnelles) dans un cube en métal entouré d'eau à perte de vue, et voyez ce qui se passe. »

Oh, et il y a aussi les effets étranges que la pression a sur le cerveau des rifters... Surtout quand ils se piquent de modifier les réglages de leurs implants.

Je n'en dis pas plus pour ne pas déflorer le roman. Sachez juste que tout s'enchaîne très bien, les pièces du puzzle s'assemblent petit à petit jusqu'à la révélation finale, et que c'est très bon.

Maelstrom

2051.

Lenie Clarke, leader officieuse des rifters de Channer, y a découvert quelque chose qui a changé sa vie — et, accessoirement, le cours de l'histoire de l'humanité. Quelque chose qui justifie qu'elle soit devenue l'ennemi public numéro un.

Le problème, c'est qu'elle ne sait pas de quoi il s'agit. Elle sait juste qu'on l'a fait souffrir, elle et ses... disons, collègues ; « amis » serait un mot trop fort. Pour elle, c'est le déclic : elle a décidé de se venger. Des supplices qu'elle a subi quand elle était petite, des manipulations que lui a infligé N'AmPac, du monde.

Achilles Desjardins est un « hors-la-loi » : un homme suffisamment doué en reconnaissance de formes, en statistiques et en analyse coûts / bénéfices pour qu'on lui ait donné un statut au-dessus des lois, celui d'agent de l'Autorité de Réponse aux Instabilités des Systèmes Complexes, CSIRA en anglais, surnommée la « Patrouille Entropique ». En deux mots, son boulot est de contrôler les dérapages industriels, biologiques, environnementaux ; de résoudre les crises, au besoin en sacrifiant des villes entières pour le bien commun.

Il n'est pas le seul. Mais surtout, il n'est pas libre. La contrepartie de son pouvoir illimité, c'est la perte de son libre arbitre : le Guilt Trip, une drogue sur mesure, amplifie ses réactions normales de culpabilité. Il est physiquement incapable de commettre un acte qui n'irait pas dans le sens du bien de l'humanité[2]. Quand il est convoqué par N'AmPac pour identifier les cas d'infection par « Behemoth », un nouveau microbe s'attaquant aux sols, privant les plantes de nutriments, il s'en étonne : ce genre de tâche est généralement laissé à ses subalternes. Mais il commence à percevoir quelque chose.

Ken Lubin est l'autre survivant de Channer. C'est aussi un tueur à gages officiel, un espion d'un nouveau genre, conditionné à anéantir les moindres fuites sans qu'il puisse prendre une décision consciente à ce sujet. Il est également soumis au Guilt Trip, ou à son proche parent.

Le réseau mondial, Internet, est plus communément appelé Maelstrom : les spams intelligents et les virus, la « faune », constituent l'essentiel de ce qui y circule, tout juste maintenus à l'écart par les « gels intelligents », des routeurs/firewalls basés sur des cultures de neurones. Par hasard, un spam mute et découvre une stratégie de reproduction et de dissémination, un motif de caractères alphanumériques qui lui ouvre toutes les portes, jusqu'à celles du monde réel.

Trois personnages et une lignée évolutive de programmes informatiques dont les trajectoires vont se croiser, dans une ambiance de désastre humain et écologique : la côte ouest du continent nord-américain a été transformée en camp permanent pour réfugiés (asiatiques, indiens, polynésiens, chassés par la famine née de l'instabilité du cycle des moussons, par la montée des eaux, etc.), rendus placides par les drogues que l'on ajoute à leurs rations de survie. L'intérieur des terres n'est pas mieux, et CSIRA prend des mesures de plus en plus draconiennes pour résister à un fléau que personne n'identifie encore.

Behemoth

2056.

Lenie Clarke s'est réfugiée auprès de ses anciens pires ennemis. Gardienne de prison ou membre de la communauté ? Elle ne sait pas exactement. On le lui reproche.

Ailleurs, sur la terre ferme, la fin du monde est en cours. Behemoth ne se contente pas de décimer la biosphère, mais est en train de tout éradiquer. Les plus riches se sont réfugiés dans des villes fortifiées, imprenables ; les moins chanceux sont abandonnés dans les campagnes de moins en moins vertes. L'Amérique du Nord est isolée, en quarantaine ; l'union afro-européenne atomise tout ce qui en quitte les côtes, et, de temps à autres, y envoie quelques missiles suspects que les restants de CSIRA (essentiellement Achilles Desjardins) s'empressent d'intercepter.

Clarke essaie de se racheter. Lubin, délivré du Guilt Trip et, en fait, de toute capacité à éprouver de la culpabilité, vit selon un code moral rigide, qu'il ne s'autorise pas à violer. Achilles Desjardin, lui aussi délivré du Guilt Trip, a la réaction inverse : il profite de son statut d'homme le plus puissant du continent pour passer à l'acte de tous ses fantasmes. Qui ne sont pas joyeux.

En conclusion

La trilogie Rifters est complexe, c'est le moins qu'on puisse dire. Il est difficile d'en extraire un thème principal. Biologie, mécanismes fondamentaux de la vie, possibilité d'un (ou plusieurs) types d'organismes vivants radicalement différents de (et incompatibles avec) ce que l'on connaît ; évolution, biologique et informatique ; psychologie des situations extrêmes ; manipulations mécaniques et génétiques sur l'homme, ses mémoires et sa conscience de soi ; conscience, mécanismes neurologiques et chimiques du libre arbitre ; politique de la gestion des ressources dans une crise écologique ; moralité en l'absence de culpabilité ; la liste est longue.

Et c'est... Bien. On pourra reprocher à Peter Watts une écriture un peu clinique, un peu crue (le taux de fuck par page est supérieur à ce que l'on voit habituellement en SF), sans que ça soit rédhibitoire. Le troisième tome m'a moins parlé que les deux premiers, mais c'est sans doute l'essoufflement : je les ai lus d'une traite, à force ça fait un peu beaucoup.

J'ai beaucoup aimé les intrigues complexes, les réflexions poussées, l'anticipation sociale, politique, scientifique... C'est fascinant et passionnant.

Bref, allez-y. A tout prendre, je conseillerais volontiers Blindsight comme premier contact avec l'auteur : ce n'est pas moins complexe et retors, mais c'est plus court, donc un tantinet plus abordable. Une fois cela lu, si vous avez apprécié, vous pouvez sauter sur Starfish, en prenant en compte le fait que c'est un peu plus lent.

Notes

[1] Allez dans la section "Now", et "Backlist". La navigation n'est pas très claire.

[2] Ou du moins, de sa perception profonde dudit sens.

Urgh

Je viens de lire sur le forum d'ActuSF que l'excellentissime Outrage et Rébellion de Catherine Dufour a fait un bide total en librairie. Bon, je savais déjà que les chiffres de vente n'étaient pas géniaux, mais je ne pensais pas qu'ils en avaient à peine vendu autant qu'ils ont envoyé de SP[1]

Alors, c'est vrai que le bouquin est exigeant au niveau du style (quoique : il faut un peu d'ouverture d'esprit, c'est tout.)

Il est vrai aussi qu'il peut facilement choquer les plus prudes et même les autres ; ça tache, ça fait mal, c'est malsain (mais c'est volontaire et assumé), ça baigne dans le sang, le sperme et les excréments. C'est bourré de mauvais esprit et la morale en prend un coup. Pas exactement un bouquin pour enfants.

Mais pour autant, c'est puissant, c'est drôle (même si on rit jaune), c'est plein de jeux de mots foireux[2], c'est émouvant à l'occasion, c'est science-fictif au possible[3], et surtout c'est magnifiquement bien écrit. Des bouquins comme ça, j'en veux d'autres.

Alors faites une bonne action, allez chez votre libraire et achetez-le lui. Vous ne serez pas déçu. (Évitez juste de l'offrir à votre belle-mère, sauf si vous apprenez par hasard qu'elle a chanté dans un groupe punk.)

Notes

[1] Service Presse : les bouquins envoyés aux journalistes pour qu'ils fassent des critiques.

[2] Ah, le salaud Delange !

[3] À savoir : c'est des gens qui sont peut-être humains, mais tellement éloignés de nous, par leurs conditions de vie, leur culture et leurs technologies, qu'ils sont parfois fichtrement incompréhensibles. La notion de sexe (au sens opposition masculin / féminin, pas au sens échange de fluide particulièrement distrayant) est obsolète dans la suburb, par exemple ; on y croise régulièrement des gens avec trois clitoris et deux pénis, dont un sur le front.

dimanche, septembre 6 2009

Le Feu de Dieu, Pierre Bordage

J'ai lu et critiqué ce bouquin pour CitronMeringue. Vous pouvez donc y trouver la version ''diplomatique'' de ce que j'en ai pensé.

Ici, où j'ai le droit de déployer toute ma mauvaise foi légendaire, je serai moins gentil : c'est une bouse, une vraie, qui peut à la limite être appréciée comme un nanar écrit.

Pour le pitch, allez voir mon résumé sur CM. Pour l'avis, continuez. Attention : si vous avez aimé le bouquin, ne lisez pas plus loin.

La couverture est pas mal. J'aime bien.

C'est mal écrit. Bordage fait des phrases lourdingues, il empile les adjectifs comme autant de perles sucrées sur un gâteau écœurant[1]. Il use et abuse des superlatifs. On a droits à des gens aux yeux maléfiques, à des silences d'une profondeur insondable, à des balles qui miaulent sur du blindage en faisant jaillir des gerbes d'étincelles... En soi pas de péché capital, si ce n'était que c'est ainsi à chaque phrase, sur 500 pages. Ça fait long.

C'est malsain. Jugement de valeur me direz-vous, et je serai d'accord avec vous ; mais juste avant le Bordage, j'ai lu Behemoth de Peter Watts, dont l'un des thèmes secondaires est le comportement d'hommes auxquels on a chimiquement retiré la capacité de honte et de culpabilité ; des gens sans conscience dont l'un se trouve être à la fois l'homme le plus puissant du continent américain et un sadique qui ne peut concevoir de plaisir sexuel sans infliger de souffrance. Eh bien j'ai trouvé Behemoth très bon, et les descriptions de torture ne m'ont pas plus gêné que ça. En comparaison, Bordage se vautre dans le glauque, il écrit des pages et des pages sur les humiliations, les viols, et les tortures psychologiques que Jim inflige à Alice puis (du moins il essaie) à Zoé, l'adolescente d'une douzaine d'années.

Il prenait tout ce qu'il savait prendre, se servant de ses mains aux doigts interminables, de ses dents taillées comme des crocs, de son sexe long et tordu comme d'instruments de conquête et de domination.

Dans le monde du Feu de Dieu, tout le monde est un pervers, tout le monde est atteint : les enfants sont exposés à la pornographie, aux exhibitionnistes (mais ne s'en portent pas plus mal...) ; le premier réflexe d'une femme dont la progéniture est ensevelie sous les décombres est de proposer aux hommes qui passent de « faire tout ce qu'ils veulent avec elle » s'ils l'aident à déterrer ses enfants. Les hommes sont soit des prédateurs sexuels, soit des niais. Les femmes sont (presque) toutes des victimes.

Perso, comme vision de l'humanité et du sexe, ça me gêne. Et puis, quand on parle des bouts de cadavres sur le site d'un crash aérien, il y a des adjectifs plus, disons, appropriés que « dénudés ».

C'est ennuyeux. Au bout d'un moment on apprend à identifier les paragraphes qui n'ont aucun intérêt (à peu près un sur deux), et à n'en lire que les premiers et derniers mots. Même comme ça, c'est chiant comme un rat mort un jour de pluie.

C'est bourré jusqu'à la moelle d'invraisemblances. On passera sur le cataclysme lui-même, mais franchement, des ours polaires dans la Creuse ? Le type qui, alors qu'il lui reste 80 km à parcourir à pied avec une gamine de 6 ans et en plein blizzard, décide qu'il n'a rien de plus intelligent à faire que de jeter ses provisions de nourriture qui le ralentissent ? Un igloo cubique ? Des rats en groupes de plusieurs dizaines de milliers, mais affamés au point d'attaquer des hommes vivants pour les manger[2] ?

C'est extrêmement prévisible. On sait à peu près à la page 10 comment ça va finir. (Vérification faite : oui, à la page 10. C'est bien ça.)

Ça baigne dans un mysticisme à deux balles particulièrement énervant. La rédemption nous viendra des enfants, ces cœurs purs qui signalent un nouveau stade dans l'évolution de l'homme, bla bla bla... À la décharge de l'auteur, je ne suis pas bon public en général pour des niaiseries de ce type-là, surtout quand je viens de me fader trois tomes de hard sf très pointue sur la biologie et l'évolution.

Ça dégouline de bons sentiments. Franchement, si je me faisais agresser, tirer dessus, droguer, presque bouffer, et j'en passe, je n'en sortirais pas nécessairement avec un point de vue bisounours « tout le monde il est beau, il faut partager ce qu'on a avec tout le monde ».

...

Bref.

C'est marrant, tout ça. Comme beaucoup de monde, j'ai connu Bordage à partir de son space opéra Les Guerriers du Silence. À l'époque j'avais trouvé ça plutôt chouette, même si certains éléments m'avaient fait sourire (par exemple le côté rentre-dedans du message new age-eux « il faut être en harmonie avec sa nature et son corps » : tout le monde est à poil dans ces bouquins, sauf les méchants qui portent la burqa.)

Quelques années plus tard, je tombe sur L'Évangile du Serpent, qui m'a fait me marrer comme une baleine (des hippies qui parcourent la Bretagne en hiver à poil et n'attrapent même pas de pneumonie, je veux voir ça !), même si je suspecte que ce n'était pas entièrement voulu. À part ça, j'ai trouvé le roman piètre mais pas franchement mauvais.

Et là, ça... Ben, je recommencerai pas, hein.

C'est dommage, pour tout ce que j'ai pu le croiser aux divers festivals, etc., il m'a l'air fort sympathique, le monsieur.

Notes

[1] On a les métaphores qu'on peut.

[2] Hint : la sélection naturelle fait qu'une population quelconque ne grandit pas au-delà du potentiel offert par son environnement.

samedi, septembre 5 2009

Lectures en bref

J'ai lu récemment la trilogie Rifters (Starfish, Maelstrom, Behemoth) de Peter Watts. C'est très très bon. Plus de détails bientôt.

Je suis en train de lire Le Feu de Dieu de Bordage. C'est très très mauvais. Plus de détails bientôt.

Après ça, j'ai un Anathem (Neal Stephenson) qui me tend les bras.

Ah, et je suis en vacances pendant deux semaines.

Ils sont bêtes ces scandinaves

Une nouvelle version d'Opéra vient de sortir. Mais ça, ce n'est pas bien grave ; ce qui est rigolo c'est la campagne de pub faite à propos de la technologie de compression qui y est intégrée.

Enjoy.

(A part ça, Opera c'est quand même le meilleur navigateur que j'ai pu utiliser dans les 10 dernières années, hein.)

samedi, août 8 2009

Patates powa !

Le week-end dernier, et jusqu'à mercredi, on était en Irlande (du Nord ; Belfast plus précisément.)

Ben... Ça faisait 14 ans que je n'y étais pas allé, et à l'époque j'avais gardé l'image d'une ville plutôt moche et tristoune dans le genre vieille ville industrielle où il n'y a plus d'industrie, et qui plus est abîmée par 30 ans de guerre civile. Là, j'ai trouvé ça très joli, très vivant, le centre ville est quasiment tout neuf, etc.

Et surtout, on y mange bien. La cuisine irlandaise, globalement, c'est des trucs simples (viande grillée, poisson, légumes, patates)... Mais l'Irlande (au moins le nord, et je suis sûr que c'est vrai aussi pour le sud) a suivi la révolution gastronomique anglaise de cette dernière décennie et a intégré des épices, aromates, principes et recettes d'un peu partout dans le monde. Et du coup, ça reste des plats plutôt simples à la base mais très bien exécutés, très bien relevés / accomodés. Du coup, c'est très bon.

Et surtout, c'est copieux. Et avec le cours de la livre, c'est très rentable : pour £7 à £9 (moins de 10 € au cours actuel), vous avez, le soir (le midi c'est moins cher), un plat gargantuesque avec trois ou quatre tranches de viande, un accompagnement de type légume, Yorkshire pudding (une sorte de vol-au-vent traditionnellement servi avec le bœuf) etc., et deux ou trois sortes de patates (rôties, bouillies, sautées, en purée, en frites, ...) Suffisamment à manger pour le plus gros appétit : en fait pendant tout notre séjour je n'ai jamais fini un plat principal. Ça m'est même arrivé de prendre une entrée à la place d'un plat principal, et ça suffisait largement.

Bref, les gros mangeurs sont invités à aller y faire un tour. Par contre, il faut aimer les patates, parce que là, c'est vraiment à tous les repas. D'ailleurs, les Irlandais sont fiers de leurs patates, y'a qu'à voir les affiches à l'aéroport :

Le pays de la patate !

Fiches de lecture en vrac

Deux autres fiches de lecture pour CitronMeringue :

Sinon j'ai lu récemment :

Accelerando, de Charles Stross

Une histoire du futur, démarrant dans pas longtemps du tout, et décrivant notre trajectoire vers la Singularité et au-delà. On y trouve des homards virtuels intelligents, des corporations sentientes, la terraformation de Saturne, un chat de plus en plus intelligent, etc. C'est touffu, bourré de références geeks et d'humour vaseux ; mais c'est aussi très bien fichu. On pourra regretter un certain manque de continuité entre les différentes parties, mais c'est normal : c'est un recueil de plusieurs novellas se faisant suite, parues entre 2001 et 2005. Ça fait beaucoup penser à Ken McLeod, sur certains points.

Je le recommande chaudement. Il est sorti en version papier (mais pas en français) et est également disponible en version électronique sur le site de l'auteur (gratuitement, sous licence Creative Commons by-nc-nd : on a le droit de le lire et de le distribuer à titre gratuit, mais c'est tout.)

Down and out in the Magic Kingdom, de Cory Doctorow

Autre bouquin en Creative Commons. Non que je sois pauvre et radin, mais je me suis récemment acheté un ebook Sony pour éviter de me balader des bouquins d'une tonne (Daelf lit en parallèle Anathem de Stephenson et la Bibliothèque Nomédienne ; à eux deux ces bouquins doivent peser plus qu'elle) et du coup, bah, je l'alimente (et je suis suspicieux des DRM et des restrictions qui s'ensuivent.) Et les classiques, bah, ça lasse. Bref. CC, mais by-nc-sa ce coup-ci, ce qui veut dire qu'on fait ce qu'on veut du bouquin (traduction, adaptation, etc.) pourvu que ça ne soit pas commercial et que le produit dérivé ait la même licence. Je trouve ça vachement cool.

De quoi ça parle ? Initialement, de la fin de l'économie de rareté (scarcity) et donc de l'argent ; de la fin de la mort inéluctable aussi à l'aide du processus de sauvegarde-restauration (on peut sauvegarder son état mental à tout moment, et s'il nous arrive quelque chose, on reboote un clone avec la dernière sauvegarde.) A noter qu'on ne peut pas simuler un esprit complet dans une machine, il faut un cerveau humain comme substrat. L'argent a été remplacé par le Whuffie, une sorte de mesure instantanée de la réputation d'une personne. Si on désire quelque chose au-delà des droits basiques que sont nourriture, hébergement, vêtements et suivi médical, il faut le payer en Whuffies. D'où le fait que la plupart des gens « travaillent » pour rendre des services utiles à la société : c'est une bonne source de Whuffie.

Le cadre étant posé, nous nous intéressons à Julius, un jeune homme fringant d'un petit siècle à peine, qui réalise l'ambition de sa vie quand il est admis dans un groupe (un ad-hoc ; quelque part entre une association et une entreprise commerciale) qui entretient et fait tourner une petite partie de Disney World, dont le Hall of Presidents et le Manoir Hanté. Position enviable, et enviée ; d'ailleurs, d'autres ad-hocs ambitionnent de le renverser et de faire une mise à jour drastique des attractions avec la technologie du moment. Il s'ensuit une lutte de pouvoir sans merci, où aucun coup n'est trop bas (y compris le meurtre, qui n'est que temporaire) du moment que ça n'entache pas la réputation du coupable...

Assez chouette. J'ai un peu de mal avec la mécanique du Whuffie (comment est-il donné ? A-t-on un quota quotidien de Whuffie à donner, ou s'agit-il d'une création de Whuffie de tous les moments ? Comment éviter sa capitalisation ? L'inflation ? Comment éviter les boucles de rétroaction du type : je te donne du Whuffie, tu me donnes du Whuffie, je te donne du Whuffie, etc. ?) mais à part ça, le principe d'un thriller politico-économique d'anticipation centré sur le Manoir Hanté de Disney World m'a pas mal botté. Je relirai certainement du Doctrorow.

PS. Ça vient de sortir en français chez Folio SF (Dans la dèche au royaume enchanté), sinon vous pouvez le télécharger.

Right Ho, Jeeves, de P.G. Wodehouse

Je connaissais Jeeves depuis longtemps : au début de mon adolescence, ma mère m'avait jeté un Merci, Jeeves dans les mains. J'avoue que je n'en ai guère de souvenirs au-delà du personnage titulaire, car ce style particulier d'humour m'était à l'époque complètement passé au-dessus de la tête. Je l'ai redécouvert récemment à l'aide de la série anglaise des années 80, Jeeves and Wooster, avec les innénarrables Stephen Fry et Hugh Laurie (qui depuis s'est découvert un accent américain et se fait appeler Maison, allez comprendre pourquoi) dans les rôles-titres. Du coup, j'ai replongé avec délices dans cette satire du milieu aristocratique et/ou haut-bourgeois de l'Angleterre des années 20.

Bertram Wooster, narrateur, est un dandy. Très riche, oisif, il passe son temps dans son club de Londres, le Drones Club, et aux courses de chevaux ; d'ailleurs s'il a besoin d'une référence temporelle, il va dire des choses comme « c'était l'année où Tomates à l'Harmonica a gagné la spéciale de Winchester ». C'est par ailleurs un crétin. Mais drôle.

M. Jeeves (son prénom est un secret bien gardé) est son valet, son domestique personnel. C'est aussi un génie, surtout quand il s'agit de résoudre les peines de cœur ou autres embarras de la famille de son employeur.

En l'occurrence, Bertie est appelé de toute urgence chez sa tante Dahlia, qui a perdu au baccarat l'argent que son mari lui a donné pour sa revue (elle est rédactrice d'un hebdomadaire féminin, Milady's Boudoir) ; il s'agit de convaincre l'oncle Tom de lui en confier d'autre. Au passage, il faudrait résoudre la dispute entre leur fille Angela et son fiancé, Hildebrand « Tuppy » Glossop (un ami d'école de Bertie : c'est un petit milieu). Il serait dommage que ces deux-là ne se marient pas. Oh, et si la jeune Madeline Basset, amie d'Angela, pouvait accepter d'épouser Augustus « Gussie » FInk-Nottle, autre ami d'enfance de Bertie, tout serait pour le mieux.

A priori, rien d'impossible pour Jeeves. Problème : Bertie se pique de résoudre lui-même ces problèmes.

C'est drôle, c'est très drôle. Je vous le recommande très fortement.

Blindsight, Peter Watts

Hop, un autre roman en Creative Commons. En l'occurrence, de la bonne vieille hard sf qui tache. Le background : dans une économie de plus en plus robotisée, ne travaillent plus que ceux dont les tâches ne sont pas automatisables. De plus en plus de gens s'enfuient au Paradis, une réalité virtuelle où chacun est maître de son environnement. On a identifié, et ressucité, une sous-espèce disparue d'humains, homo sapiens vampiris, les vampires : prédateurs naturels des humains standards, ils ont des processus cognitifs radicalement différents. Leur prédation s'explique par l'incapacité à produire une certaine protéine vitale, présente dans le cerveau humain : qu'importe, on peut aujourd'hui la synthétiser et ainsi ré-intégrer les vampires dans la société humaine.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce que 65536 nouvelles étoiles « flashent » en même temps dans le ciel et disparaissent. Le consensus scientifique s'oriente rapidement sur la conclusion qu'il s'agit d'une intervention extraterrestre, qui vient de prendre une image à haute résolution de l'intégralité de la surface terrestre. Brans-le-bas de combat ; on met au point un programme d'investigation et de défense éventuelle de la planète.

Quelques années plus tard, une équipe de freaks dans un vaisseau spatial arrive en vue d'un planétoïde géant (1,6 fois Jupiter) et sombre (donc invisible aux téléscopes), en orbite dans le nuage d'Oort, très loin du soleil ; baptisé Big Ben, l'objet semble en cours de colonisation par une intelligence non humaine.

Ce roman parle de premier contact, de voyages spatiaux, mais surtout de cognition : un équipage tellement traficoté du cerveau qu'il n'en est plus tout à fait humain rencontre une intelligence extraterrestre qui, de fait, est complètement étrangère à nos processus mentaux.

Jugez donc :

  • le Gang of Four : Susan James, linguiste, a trafiqué son cerveau de manière à y créer trois autres personnalités autonomes (Michelle, Sascha et Cruncher) ainsi qu'une douzaine de « noyaux » non-conscients, capables de traiter les tâches qu'elle leur distribue. Le principe ? L'analyse d'un langage extraterrestre nécessite une capacité de traitement parallèle bien supérieure à celle d'un esprit humain seul.
  • le biologiste : l'esprit d'Isaac Szpindel vit autant dans ses instruments que dans son crâne. Les perceptions de son laboratoire sont directement retranscrites de façon synesthésique dans son cortex sensoriel (le dosage d'un acide a un "goût" particulier, de même qu'une structure biochimique a une "couleur", etc.)
  • la militaire : Amanda Bates contrôle directement, à la première personne, l'ensemble de ses drones offensifs. C'est l'esprit de ruche incarné.
  • le commandant : Jukka Sarasti est un vampire ; très au-delà des capacités de raisonnement des humains de base, il est incompréhensible et passe le plus clair de son temps connecté en prise directe à l'intelligence artificielle du vaisseau, le Capitaine.
  • le narrateur : Siri Keeton est un synthésiste, quelqu'un dont le travail est de traduire les travaux des spécialistes hyper-pointus qui l'entourent pour qu'ils soient compréhensibles par le commun des mortels. Il fait ça en analysant la topologie des surfaces informationnelles des individus : leur attitude signifie autant, si ce n'est plus, pour lui que leurs paroles. A noter que lui-même ne comprend rien de tout cela : il traduit sans comprendre. Cette capacité lui vient entre autre du fait qu'on l'a amputé d'un hémisphère pendant son enfance : incapable de toute empathie, il a dû apprendre à interpréter ou traduire les comportements des autres humains qui lui étaient complètement étrangers.
  • Rorschach... est un extraterrestre, probablement le plus différent d'une intelligence humaine que j'ai lu jusqu'à présent.

C'est un roman complexe, enchevêtré dans une temporalité pas toujours très facile. Stylistiquement, Watts tombe un peu trop souvent dans la facilité du "dernier mot" : il conclut virtuellement tous ses chapitres par une révélation. Ça lasse un peu.

Mais bon dieu, quelle SF !

C'est sorti récemment en français chez Fleuve Noir (Vision Aveugle). En anglais, ça se trouve chez Tor ou en téléchargement.

Et... C'est tout pour le moment.

dimanche, juillet 26 2009

Siècle d'enfer, Frédéric Castaing

Hop, une critique faite pour Citron Meringue.

Du coup, je lirai volontiers d'autres bouquins du monsieur.

Camembert au pesto

Prenez un camembert, sortez-le de son emballage. Coupez-le dans le sens de l'épaisseur de façon à enlever le "couvercle" (la croûte supérieure, quoi).

Remettez la partie inférieure dans la boîte (sans le plastique). Enlevez un peu de pâte, tartinez joyeusement de pesto[1] et replacez le couvercle.

Passez au four chaud pendant 5 à 10 minutes.

Mangez à la petite cuillère ou avec de la croûte de pain de campagne. C'est divin.

Inconvénients majeurs :

  • il faut négocier pour que Daelf se fasse un autre plat.
  • l'odeur du camembert cuit (qui a pourtant un goût beaucoup plus doux que le camembert cru) incommode ladite Daelf.
  • tout seul, ça fait un peu beaucoup (ça ne se conserve / réchauffe pas !)


(Remerciements à l'oncle Ottavio pour la recette.)

Notes

[1] ou de pistou ; apparemment la différence serait que le pesto a, en plus du basilic, de l'ail et de l'huile d'olive, du parmesan et des pignons de pin. Quoi qu'il en soit, on trouve en supermarché du pistou au parmesan et du pesto sans pignons ; faites à votre goût.

dimanche, juin 14 2009

Vellum (Vélum), Hal Duncan (première)

J'ai pas pu.

Ayant fini le Banks, je me suis dit que j'allais attaquer un autre truc :

  • en anglais,
  • complexe,
  • gratifiant.

Mais là, j'ai pas pu. Au bout de vingt pages j'ai laissé tomber.

Attention ! C'est un bouquin extrêmement ambitieux. Je suis intimement convaincu que c'est un bouquin fabuleux, qui ose des choses très compliquées (rendre une vision cohérente de l'infini, de l'éternité, de l'atemporalité...) et y arrive avec les honneurs, de ce que j'ai lu.

Mais là, j'ai les neurones trop fatigués. Je n'arrive tout simplement pas à faire l'effort de concentration nécessaire.

Je reprendrai bientôt, quand je serai dans un état plus compatible.

En tout cas, rien que l'ambition de l'auteur mérite un coup de chapeau.

Matter (Trames), Iain M. Banks

Pourquoi Matter a-t-il été traduit sous le titre de Trames ? Non que le titre aille particulièrement mal au bouquin — à plusieurs niveaux : il se trame beaucoup de choses, il y a beaucoup de choses dans le fond de l'écran (le fil et la trame, pour faire une métaphore canute), on peut arguer du fait que l'intrigue soit un peu moins intéressante que la trame sur laquelle elle est dépeinte...

Mais bon, je trouve ce titre assez étrange ; le titre anglais fait lui référence à un dialogue du bouquin qui aide à mettre tout ça en perspective.

Qu'importe.

Matter, donc (je l'ai lu en V.O.), est le dernier opus en date du cycle de la Culture d'Iain M. Banks. La Culture, pour ceux qui l'ignorent encore, est le nom d'une civilisation spatiale, assemblage hétéroclite et bâtard de peuplades humanoïdes, ayant résolument tourné le dos aux pénuries (en clair : tout est gratuit, donc il n'y a plus de notion d'argent) et « gouverné », si l'on peut dire, par ses intelligences artificielles, les Minds. C'est une société hédoniste, anarchiste, fragmentée, entièrement dévouée au bonheur et à l'accomplissement personnel de ces citoyens.

Sur cette trame (ah ah), Banks a écrit une petite dizaine de romans (j'ai la flemme de compter), depuis Consider Phlebas jusqu'à Look to Windward. Tous sont d'une excellente qualité littéraire (c'est un acquis avec Banks) et, pour revenir à des considérations moins intellectuelles, la plupart sont éminemment agréables à lire (j'ai dû me forcer sur Use of weapons et Excession, mais je ne l'ai pas regretté.) En l'occurrence, Matter marque une certaine rupture dans la mesure où la Culture n'est plus directement au centre du roman, mais juste l'une des principales civilisations qui cohabitent dans la galaxie ; de fait, l'intrigue se déroule en dehors de sa sphère d'influence. On va donc surtout voir d'autres cultures (ah ah).

De quoi ça parle ? En deux mots : Sursamen est un monde-coquille (un Shellworld), un monde artificiel en forme d'oignon ; chaque "couche" est un niveau dans lequel des ingénieurs cosmiques ont reconstruit un habitat propre à une catégorie d'habitants. Ainsi, les niveaux 8 et 9, sur une quinzaine en partant de la surface, sont dédiés aux humanoïdes et habités par une société tout juste post-médiévale. On apprendra au cours du bouquin ce qu'elle fait là, rassurez-vous ; sachez juste que le roi Hausk, après avoir unifié par la guerre le 8ème, défait une offensive désespérée des troupes du 9ème ; qu'il se fait trahir par son bras droit ; que le roman est l'histoire de ses trois enfants survivants.

Ferbin est le prince héritier. Il est témoin de l'assassinat de son père, et s'enfuit.

Oramen est le cadet, héritier suite au décès supposé de Ferbin, il attend sa majorité pour être couronné. D'ici là, le bras droit d'Hausk est régent (et entend bien se débarrasser du fils comme il l'a fait du père.)

Djan Seriy est l'ainée, mais c'est une fille ; elle a, plusieurs années auparavant, été « vendue » à la Culture, dont un émissaire passait par là, en l'échange de conseils stratégiques. Au cours de ces années, elle est devenue citoyenne de la Culture à part entière, membre de Contact (la partie de la Culture qui s'occupe des relations avec les autres civilisations) et des Circonstances Spéciales (le bras armé de Contact, ce qui ressemble le plus à un corps militaire dans la Culture). Quand elle entend parler de la mort de son père, sans en connaître les circonstances, elle entame un voyage en direction de Sursamen.

Voilà. Je n'en dis pas plus parce que l'un des grands plaisirs de ce bouquin est de suivre ce qui arrive aux trois personnages, et démêler l'écheveau des multiples niveaux d'intrigues, pour en arriver à... je ne dirai pas quoi.

J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Pourquoi ? Parce que Banks a un talent inimitable pour imaginer et décrire des structures et des artefacts gigantesques (ici, la prime va au Nestworld des Morthandvelds), sans pour autant perdre le lecteur dans des considérations, euh, ennuyeuses. Parce que le bouquin est truffé de traits d'humour. Parce que c'est bête, mais j'ai complètement accroché aux personnages (Holse, le valet de Ferbin, surtout). Aussi, tout bêtement parce que Banks écrit comme un dieu.

C'est un bon Banks. Je ne connais pas d'éloge plus puissant[1].

Notes

[1] Et avant qu'on me reproche d'être un vulgaire fanboy, j'ai abhorré Song of stone et The bridge m'est tombé des mains.

- page 2 de 10 -