District 9
Par Fifokaswiti le samedi, septembre 19 2009, 19:23 - Chroniques et bouquins - Lien permanent
(Je mets ça dans la catégorie "critiques et bouquins" parce que c'est, vaguement, une critique. Mais pas un bouquin.)
Bon. On a vu ce matin le film de SF dont tout le monde parle en ce moment (et dont la bande-annonce / teaser a eu un bel effet de surprise sur moi).
Ben, c'est bien. C'est même très bien.
Alors, on peut critiquer : le scénario est parfois téléphoné, certaines péripéties font plus cliché tu meurs, certaines idées sont des poncifs de la SF cheap[1] ; et la fin tourne à la baston bourrine, à l'opposé du traitement initial (en gros, les humains qui maltraitent les E.T., c'est mal ; les humains et les E.T. qui se foutent sur la tronche, c'est mieux.)
Mais on s'en fout, pour quatre raisons :
- l'idée de base est chouette ;
- c'est bien réalisé ;
- le personnage principal est génial ;
- l'intertextualité.
Dans l'ordre :
L'idée de base
Les extraterrestres parqués par des humains, le côté retournement de situation, on a déjà vu mais pas très souvent. Placer ça à Johannesburg dans les années 1980 (pour l'arrivée des E.T.), j'avais pas vu avant. Du coup, on a une société (en 2000 et des brouettes) sud-africaine qui a aboli l'apartheid entre noirs et blancs, mais qui le conserve entre humains et extra-terrestres. De fait, les humains sont des gros salauds qui rigolent en entendant le "pop" des oeufs d'E.T. qui explosent quand on les passe au lance-flammes.
C'est bien réalisé
Bah oui. Visuellement c'est plein de détails sympa, l'alternance entre les scènes "caméra à l'épaule" de documentaire et celles "standard" de film de fiction est bien gérée et dynamise franchement le tout. Rien à dire.
Le personnage principal
... est un connard doublé d'un imbécile, un pleutre qui se réfugie dans la bureaucratie. Et il le reste. Même quand l'armée se retourne contre lui, quand il est chassé jusque dans le District 9. C'est lui qui rigole en entendant le "pop" des avortements aliens. Plus tard il se prend d'amitié pour un E.T., mais uniquement parce qu'il n'a pas le choix (c'est la seule créature vivante sur terre qui veut bien de lui.) Bref, l'antihéros par excellence, qui est du reste bien joué.
L'intertextualité
Enfin, c'est comme ça qu'on appelle le procédé en littérature. Au cinéma ça doit avoir un autre nom. C'est le principe de faire des références (textuelles, stylistiques, etc.) à un corpus d'autres textes (oeuvres, pamphlets, articles de journaux, etc.) qui constituent la culture générale du lecteur. C'est la raison pour laquelle les oeuvres anciennes sont plus difficiles à lire que les modernes, au passage.
Un peu comme dans Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron (excellentissime), là, il y en a plein. Les scènes, les personnages, la colorimétrie sont faits pour évoquer des souvenirs à moitié inconscients chez le spectateur : les townships, l'apartheid, Obasanjo[2], l'aspect "documentaire" (y compris dans l'étalonnage des couleurs), les sons et les couleurs de l'Afrique du Sud... Bref, c'est un film qui est ancré dans ce que l'imaginaire collectif comprend du réel, et ça prend aux tripes.
Bref
C'est du bon. Pas parfait, mais très bon.
(Sinon, c'est moi, ou il y a de fortes similitudes entre le design des armes et, généralement, les scènes de combats, et certains jeux vidéos, notamment Half-Life[3] ?)
Notes
[1] Le fluide magique qui, oh miracle, hybride l'humain en alien ! C'est digne du venin transgéniques des araignées de Spider-Man. Même l'hybride bizarre d'Alien 4 est plus original, c'est dire.
[2] Le chef des brigands nigérians, homonyme d'un récent dictateur au Nigéria, justement.
[3] Oui, mes références datent, c'est normal.